Il y a 59 ans, le Burkina se défaisait du joug colonial. Un premier président civil, du nom de Maurice Yaméogo, chantait avec fierté l’hymne de la Haute-Volta, libre de ses actes, de ses dires et de dessiner les sillons de sa destinée.
59 ans après, au bilan, sur le plan politique, les bidasses ont occupé la cabine de pilotage, la majeure partie de son existence. Seuls deux présidents, masque sur l’intermède de la transition chevauchée par Michel Kafando, avaient les boubous de civils. Maurice Yaméogo et Roch Marc Christian Kaboré peuvent officiellement se targuer aujourd’hui de n’avoir pas dû leur pouvoir qu’aux militaires.
Il y a des acquis importants. Sur les plans des infrastructures, de nombreuses routes bitumées serpentent à travers le pays. Barrages, électrifications, administrations publiques, sanitaires ont poussé sur le territoire. Le niveau de vie des populations s’est rehaussé.
Toutefois, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Une bonne partie des Burkinabè lutte toujours contre l’analphabétisme, les conditions de santé précaires, le tout assis sur des conditions financières pas toujours reluisantes. La fameuse «vie chère» cogne aux poches, aux portes et aux oreilles. Les Burkinabè, grands travailleurs, se battent, mais les choses demeurent difficiles. La rengaine «Viima ya kanga» continue de retentir, résonnant douloureusement aux oreilles.
Et pour ne rien arranger, le défi sécuritaire est venu s’ajouter à la charge déjà lourde sur les épaules des «Hommes intègres». Les attaques terroristes qui frappent et endeuillent le pays ont fortement joué sur le moral, les affaires et la conduite des grands chantiers de la nation. Les Burkinabè doivent multiplier par deux leurs efforts pour faire face à leurs chantiers.
Dans cet environnement gorgé de difficultés, s’élancent des clameurs «anti-impérialistes» et qui remettent au goût du jour l’indépendance réelle de pays africains, et plus particulièrement celle du Burkina Faso. Pour se déclarer indépendant, il faut être capable de sécuriser de façon autonome ses populations, les rassurer, sans durablement s’appuyer sur une tierce force.
L’indépendance, c’est aussi être économiquement et financièrement apte. Or, c’est à niveau que le tableau a besoin de davantage d’efforts pour redorer le blason. Le Burkina cherche encore économiquement ses marques. Il faudrait travailler à trouver les ressorts pour asseoir des entreprises aux jarrets solides qui pourront résorber le taux de chômage galopant des jeunes. Le tout adossé à une volonté politique assumée.
Mais pour cela, la transpiration seule des gouvernants ne suffira pas. Les Burkinabè doivent également s’y mettre aussi. Cela suppose une meilleure dose de patriotisme et un regain de civisme. La revendication de l’indépendance et son application réclament et exigent des sacrifices qu’il faudra accepter faire. L’autonomie ne peut pas être acquise en ne renonçant pas certains privilèges et acquis. Le cas échéant, les vœux exprimés resteront au stade de vœux, que les générations futures ne manqueront pas d’interroger.
Une indépendance commence, concomitamment avec 100 ans d’histoire du pays. Une occasion pour le chef de l’Etat, Roch Kaboré, d’appeler à un temps de méditation, et une promesse pour la mise en place d’un groupe de travail pour écrire un panthéon sur les bâtisseurs du Burkina Faso. Ton calme à son habitude, visage ferme, et foi en l’avenir radieux de la Nation malgré le terrorisme voilà résumé ce discours du 11-Décembre de Roch.
Ahmed BAMBARA


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