Emballement post-électoral en Guinée-Bissau, avec 2 présidents en quelques heures, et même si le soufflet est retombé il y a bel et bien une odeur de tambouille au pays de Nino Viera.
Le Branle-bas diplomatique de haut vol aux fruits savoureux, les cachoteries politiques exacerbées à l’africaine ou les francs succès politico-diplomatiques, précisément en marge des travaux de la Cédéao qui sont tenus à Addis Abeba (Ethiopie) n’y auront rien fait. Bien malin qui saurait d’ailleurs répondre aux tenants et aboutissants de la situation en Guinée-Bissau ! Invité par l’UA, puis blacklisté par la suite, le virevoltant nouveau président élu de Guinée-Bissau, Umballo Sissoko en a fait le déplacement d’Addis-Abeba, quitte à être interdit de par parole sur insistance du Guinéen Alpha Condé, auquel Umballo voue désormais une inimitié affichée. En effet, à la mi-journée d’hier dimanche 1er mars, Cipriano Cassama, investi président par intérim vendredi soir, a officiellement annoncé au monde entier qu’il renonçait à son poste ! Jadis en pleine crise postélectorale, la Guinée Bissau devrait donc pouvoir renouer avec la gestion traditionnelle du pouvoir d’Etat conformément aux normes républicaines qui veulent que le pays soit dirigé par un président démocratiquement élu, reconnu par les institutions nationales et internationales. Même si en fait, c’est l’Assemblée nationale qui décide. Encore faut-il que rapidement les grands juges disent qui finalement s’est brûlé au feu des suffrages lors de la présidentielle du 29 décembre 2019 et qui l’emporté. Car en l’espace de quelques heures, le pays a eu 2 présidents, l’un intérimaire investi par les 52 députés du parti historique le PAIGC et Umballo Sissoko, qui s’était fait oindre de pourpre et d’hermine le 27 février 2020 sans attendre le recomptage manuel réclamé par Pereira.
Peu importe donc si, à l’appui de sa décision, Cipriano Cassama s’est voulu convaincant en déclarant être «menacé « depuis son domicile de Bissau placé sous haute surveillance par la force de la Cédéao (les soldats de l’Ecomib) ainsi que des forces loyalistes! Surtout depuis «l’enlèvement» ou le «relèvement», vendredi soir, de sa propre garde personnelle. A l’en croire, sa décision de renoncer au douillet fauteuil présidentiel serait dictée par de préoccupantes raisons de sécurité pour lui-même et sa famille.
On ne saurait lui donner tort, car en Guinée-Bissau les crises post-électorales se règlent souvent au fusil. Et malheur à qui n’a pas l’armée avec lui ! Le «général des pauvres» Umballo Sissoko, a-t-il le quitus de cette soldatesque ? Ce n’est pas tout : Cipriano dit trouver illégale l’occupation de l’Assemblée nationale populaire par les forces armées. Raison pour laquelle, il affirme vouloir éviter une «confrontation, dans l’intérêt de la nation et de la population«. Exit donc son investiture à l’emporte-pièce de vendredi dernier à l’hémicycle, par 52 députés, essentiellement de son parti, le PAIGC ?
Pour leur part, les chefs d’Etat du continent africain, on le sait, sont de plus en plus attachés becs et ongles au strict respect de la constitutionnalité républicaine. Sans passer par quatre chemins, la Cédéao vient de dire Niet, pas plus tard que le 28 février 2020, à un troisième mandat dans l’espace sous-régional. Un clin d’œil aux présidents ivoirien Alassane Ouattara et guinéen Alpha Condé ? Silence et boule de gomme ! En tout cas, aucun blanc-seing ne saurait être accordé non plus à une quelconque crise postélectorale avec son lot de manifestations de rue, de blessés et de morts. Mais pour cela, l’UA et surtout la CEDEAO doivent s’impliquer et pourquoi pas les ‘’parrains’’ d’Umballo : Macky Sall, DSN, Blaise et ceux de Pereira qui sont Alpha Condé, Alassane Ouattara.
Reste à savoir si, malgré ce rappel fait par le chef de l’Etat guinéen Alpha Condé devant ses pairs de la Cédeao, Teodora Gomes, membre du bureau politique du PAIGC a clairement compris le message communautaire? Pour sûr, Cipriano Cassama a publiquement renoncé à son poste de président par intérim, mais, la crise postélectorale perdure parce que le contentieux n’est toujours pas définitivement tranché entre les deux finalistes de la présidentielle, Umaro Sissoco Umbalo et son rival, Domingos Simões Pereira. Curieusement, Cipriano Cassama se vautre toujours dans son fauteuil de chef du Parlement ! D’où l’exacerbation du flou jusque-là entretenu à Bissau !
Entre les 53,55% d’Umballo et les 46,45% de son challenger Domingos Simoes Pereira, ce n’est pas un mouchoir de poche, mais le PAIGC accepte mal, lui le parti qui domine la vie politique depuis 1974, le PAIGC digère mal cette défaite.
Le hic, c’est que Domingos Simoes Pereira ne se contente pas de contester les résultats ; il dénonce à hu et a dia des irrégularités puis saisit la Cour Suprême dans l’espoir d’obtenir un recomptage des votes. Dans un premier temps, la Cour suprême bissau-guinéenne demande à la Cédéao de ne pas se mêler de cette affaire. Avant de lâcher du lest. Fin du puzzle avec la reddition de Cipriano Cassama ? La balle est dans le camp de la Communauté sous-régionale, mais surtout du syndicat des chefs d’Etat, pour brider Umballo, dont le langage sans fioritures plaît, mais passe un peu mal, de même qu’on devra procéder à ce recomptage des voix pour dépêtrer la Guinée, du trou dans lequel il s’enfonce subrepticement .
La REDACTION


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