Abiy Ahmed devant le parlement éthiopien : Standing ovation pour un guerrier Nobel de la paix

Abiy Ahmed devant le parlement éthiopien : Standing ovation pour un guerrier Nobel de la paix

Standing ovation parlementaire pour le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. Son grand oral hier 30 novembre 2020 après la prise Mekele, le cœur du Tigré, a été une réussite. Les députés, acquis à sa cause, ont adoubé son action. Le grand guerrier qui a décidé de «mâter» la rébellion du Tigré, a atteint son objectif. Sur l’ardoise de la guerre lancée par les troupes fédérales, les lettres «victoire» sont déjà tracées en or. Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) est au sol.

Même si les nouvelles contradictoires dans cette région «omertisée» n’inclinent pas à prendre toute info pour avérée. En effet, ce n’est pas ce son qui sort de la cloche des Tigréens. Debretsion Gebremichael, le chef du parti, et ses camarades ne s’avouent pas vaincus. Ils donnent de la voix. Se disent déterminés à continuer la guerre, à «libérer» leurs terres des «envahisseurs». Baroud d’honneur ? Parler pour survivre ? Parler pour ne pas s’avouer vaincus ? Donner signe de vie pour que les combattants ne baissent pas les bras ? La stratégie guerrière a de multiples tours dans son sac. Un vermisseau peut se donner des rayures de tigre pour faire peur à ses éventuels prédateurs. La dissuasion, en attendant de pouvoir réunir ses forces pour contre-attaquer. Ce qui expliquerait cette menace habillée des têtes de missiles qui pourraient être utilisés contre l’armée régulière.

Et tant que l’armée fédérale ne mettra pas la main sur ces leaders, tous les leaders du Tigré, la guerre, même si elle ne fusera pas par la voix des armes, s’éternisera sur les ondes du verbatim.  Comme quoi, la guerre ne s’exprime pas seulement par le langage des détonations et des explosions des machines de la mort.

En attendant, cette guerre ne concerne pas seulement les armées, les militaires et les combattants. Elle n’est pas chirurgicale, comme toute guerre, et les victimes collatérales sont à la pelle !  A l’image de Maykadra qui serait jonchée de cadavres civils. Il y a aussi les civils. Hommes, femmes et enfants sont obligés de fuir en masse pour se réfugier dans le Soudan voisin. Et les milliers de Tigréens pourchassés par les Amhara, qui traversent la rivière Tekeze, selon certains témoignages, montrent à quel point la bataille du Tigré fut mortelle. Et que dire des 45 000 réfugiés du camp d’Amdaya au Soudan ? Mais même avec ces scènes apocalyptiques, les rebelles renâclent.

 Toute guerre a forcément un prix à payer par les populations sans arme et qui ne comprennent généralement pas grand-chose aux décisions, aux envies, aux principes  et aux rêves des décideurs. Ces Hommes contraints d’abandonner ce qui faisait leur quotidien pour traverser des frontières entendent-ils la voix des explications des revendications de ceux qui se sont déclarés porte-voix du Tigré ou simplement les invectives de ceux qui ont décidé de les faire taire en les mâtant ? Ils comprennent juste que ce sont finalement des frères qui s’entretuent par armées interposées. Abiy Ahmed peut-il explique cela ? Devant des députés accommodants, a-t-il besoin d’évoquer les horreurs de cette bataille ?

Toute guerre se termine généralement sur la table des discussions. Comment se terminera cette nouvelle tambouille qui peut s’éterniser sur les rebelles tigréens contraints de reprendre le chemin de la guérilla afin d’harceler les troupes fédérales éthiopiennes qui  ont pris pied dans le Tigré ? Le TPLF se dit disposé au dialogue, mais veut le contenu. Quel contenu dessiner ? Qu’est-ce que les rebelles ont à proposer ? Pour le moment, le vent semble être tourné vers l’armée fédérale et leur commandant en chef ne semble pas être prêt à y renoncer.

Le prix Nobel de la paix va-t-il continuer la guerre ? Quelle ironie ! l

 Ahmed BAMBARA

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