D’abord retardé, puis suspendu et finalement reporté au lendemain, Le match qui a opposé le Paris Saint Germain au club stambouliote de Basaksehir, le mardi 8 décembre dernier, est aujourd’hui au centre de l’actualité. 14 minutes de jeu auront suffi pour que cette rencontre qui était pratiquement sans enjeu, vienne donner une autre dimension à la lutte contre le racisme dans le sport. A l’issue de ces 14 minutes de jeux devenues un temps de référence, il est certain que ce mal d’une animosité absurde et moyenâgeuses qui ce cesse de gangrener le sport, est depuis ce mardi, sous un projecteur qui laisse mieux apercevoir les contours de la face hideuse de ce monstre qui squash honteusement les gradins et les vestiaires des stades.
Ce mardi soir, alors que la brise glaciale annonçant la naissance très prochaine du Christ servait ses frissons, les pères Noël avant l’heure ont eu pour noms Demba Ba et Achille Webo. Le premier était remplaçant, le second est l’adjoint de l’entraîneur de Basaksehir. Pour ces hommes et femmes de couleur, athlètes de haut niveau ou amateurs de tous les continents, ces deux gaillards au teint bien ciré sont désormais les symboles d’une lutte jusque-là diluée dans de grands intérêts financiers. A l’image de Jesse Owens qui en 1936, défiait l’Allemagne antisémite d’Hitler, Demba Ba et Achille Webo ont défié un officiel de la rencontre, le Roumain Sébastien Coltescu. Le mépris de ce quatrième arbitre n’est pas sans rappeler certains faits graves de racisme, dont celui de l’Université du Missouri. En 1940, elle avait demandé et obtenu lors d’un match de football américain, que l’Université de New York n’aligne pas son joueur noir, Leonard Bates. Depuis, à force de lutte incarnée par des légendes tels Mohamed Ali, Jackie Robinson et autre Bill Russell, le racisme s’est lentement mû pour épouser un visage embelli, mais plus que jamais pernicieux, sauf lorsque l’instinct naturel reprend le dessus comme ce fut le cas avec ce quatrième arbitre, clairement agacé par «le noir» du banc de touche turc.
La prompte réaction de Demba Ba et d’Achille Webo n’est que légitime. Entre mauvais résultats de clubs, paris manqués ou truqués, indices économiques alarmants et chômage galopant, les joueurs de couleur sont devenus les souffre-douleur d’une société sur-consommatrice qui trouve dans les gradins des stades, un motif de défoulement sans limite. Dans certains pays comme l’Italie ou l’Espagne, le racisme dans les stades est presque qu’une marque déposée. La véhémence de Demba Ba et Achille Webo s’explique par le trop plein de frustration qu’eux et leurs semblables à forte mélanine accumulent chaque journée de football. Ce mardi soir 8 décembre 2020 au parc des Princes, il y a avait véritablement de quoi déverser sa bile, d’autant plus que l’auteur de la forfaiture était un officiel de la rencontre. «Le sport est devenu le dernier bastion qui permet au racisme de s’exprimer publiquement et trop souvent impunément », disait l’historien Patrick Clastres. Les faits viennent de lui donner raison. Mais cette fois-ci, le caractère flagrant du délit a sonné la révolte, poussant les deux équipes à quitter le terrain. Une réaction appropriée de l’instance suprême du football s’impose. Et elle est tombée, hier 9 décembre, les 2 équipes selon l’UEFA ne seront pas sanctionnées.
La formidable solidarité affichée par les deux équipes qui ont décidé de quitter la pelouse marque un tournant décisif dans la lutte contre le racisme dans les stades. Qui ne se rappelle pas du Malien Moussa Marega, quittant ses coéquipiers lors d’un match de championnat, alors que ceux-ci tentaient de l’en dissuader. Comment oublier la réaction de Dani Alves qui, s’apprêtant à tirer un corner, à reçu une banane ? Le Brésilien avait surpris tout le monde la mangeant avec appétit. Certains observateurs, avec une pointe d’humour salace, avaient pensé que ce geste était la réponse appropriée. Aujourd’hui, force est de constater que ni l’ironie ni la performance ne peuvent constituer des répliques appropriées au racisme. Des décisions fortes s’imposent. Et celle des joueurs du PSG et de Basaksehir en était une. La victoire fleuve (5 buts à 1) du Paris Saint Germain 24 heures après, n’est qu’anecdotique…
Hamed JUNIOR


COMMENTAIRES