Les frères ennemis ivoiriens sont depuis le lundi 21 décembre 2020 sous l’arbre à palabres. En effet, le dialogue politique annoncé, il y a une semaine, le jour de l’investiture de Alassane Ouattara, entre le pouvoir et l’opposition s’est ouvert hier sous le magistère du Premier ministre, Hamed Bakayoko.
Aussi, le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, a-t-il donné le sens de son initiative sur sa page Facebook en ces termes : «le dialogue que nous avons initié entre le gouvernement, les partis politiques de l’opposition et les organisations de la société civile vise la décrispation du climat politique, afin de renforcer la paix, la stabilité dans notre pays».
C’est tout le mal que l’on peut souhaiter à la Côte d’Ivoire, ce pays qui panique toute la sous-région quand elle tousse eu égard à son poids économique. En tout cas, pour une entrée en matière, on peut dire que les choses ont plutôt bien commencé avec la participation des principaux protagonistes de la classe politique comme le PDCI de Henri Konan Bédié, la plateforme EDS, proche de Laurent Gbagbo, le FPI de Pascal Affi N’Guessan, le RHDP, parti au pouvoir, ainsi que des Organisations de la société civile (OSC).
Tout de même, ce dialogue s’ouvre aux lendemains d’une présidentielle ensanglantée par la mort de 85 personnes lors des violences. Une présidentielle boycottée par l’opposition qui non seulement contestait le 3e mandat du président sortant mais aussi la composition de la commission électorale. Dans ce contexte, le dialogue ivoirien se propose, à en croire le Premier ministre Bakayoko, «d’aboutir à des «points d’accord, pour des décisions appropriées dans la concertation», à la veille des législatives prévues dans le courant du premier trimestre. Du reste, s’il veut se donner une chance de réussir, ces pourparlers ne doivent ni servir de subterfuges pour le pouvoir ni de tribune de revendications maximalistes pour l’opposition. Ils doivent plutôt être le tremplin pour poser les bases d’une vraie réconciliation nationale. Certes, au premier round, les différentes parties ont fait bonne mine. Mais, en attendant de savoir si ces frères ennemis arriveront à fumer (enfin) le calumet de la paix au sortir dudit dialogue, il faille de croiser les doigts d’autant que cette classe politique ivoirienne est bien connue pour sa versatilité et sa capacité d’autodérision si ce n’est qu’elle a cette fâcheuse habitude de s’accorder sur un modus vivendi où chacun essaie de tirer ses marrons du feu, en attendant de rebattre les cartes pour tout chambouler.
Mais sans jouer les Cassandre, l’on se demande davantage quelle sera la tournure de ce dialogue qui s’amorce avec autant de méfiance de part et d’autre. Si la crise post-électorale de 2010-2011 qui s’est traduite par une forte déchirure sociale avec des milliers d’Ivoiriens tués sous Laurent Gbagbo, celle de 2020 sous Alassane Ouattara ne fait que remuer le couteau dans la plaie. La Côte d’Ivoire a également connu des moments de troubles meurtriers sous Henri Konan Bédié.
C’est dire si les monstres pour ne pas dire les démons de la division, de la violence, de la haine en Côte d’Ivoire n’ont pas été enfantés par ces trois personnages qui, depuis 30 ans, ont mis le pays sous coupe réglée. En réalité, ces trois mousquetaires sont responsables de la désintégration du tissu social en Côte d’Ivoire depuis la disparition du père de la Nation Félix Houphouët Boigny. Alors la question est de savoir quel legs vont-ils laisser à la prospérité ? Vont-ils enfin pouvoir recoller les morceaux après avoir mis le pays sens dessus dessous ? En attendant, le dialogue doit pouvoir au préalable gérer le retour de Laurent Gbagbo, de Charles Blé Goudé ou encore de Guillaume Soro.
Drissa TRAORE


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