Paris-Bouaké –Duékoué : D’un procès  l’autre, la vérité si loin, si proche

Paris-Bouaké –Duékoué : D’un procès  l’autre, la vérité si loin, si proche

La Côte d’Ivoire était de nouveau sous les feux de la rampe de la justice cette semaine. Deux semaines après l’acquittement de l’ex-président Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, par la Chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI) le pays d’Houphouët avait un double rendez-vous avec la justice pour tenter de «faire la lumière» sur des évènements douloureux de son histoire récente. Il s’agit du massacre de Duékoué et du bombardement de Bouaké. Si le premier dossier était inscrit au rôle de la Chambre criminelle d’Abidjan avec comme figure de proue le chef  de milice, Amadé Ouérémi, le deuxième a été enrôlé par le Tribunal de Paris.

Hier jeudi 15 avril 2021, ces deux dossiers ont connu leur «épilogue» avec des condamnations à de la prison à perpétuité pour l’ancien chef de guerre Amadé Ouérémi  pour «crimes contre l’humanité» et pour les trois mis en cause dans le bombardement de novembre 2004 à savoir le mercenaire biélorusse Yury Sushkin, et les deux officiers de l’armée de l’air ivoirienne Patrice Ouei et Ange Gnanduillet toujours introuvables. A l’opposé du premier dossier qui a enregistré la comparution dans le box des accusés du «mal aimé» Amadé Ouérémi, les trois accusés du carnage de Bouaké ont été jugés et condamnés par contumace.

Si l’on peut se réjouir de la tenue de ces deux procès, leur déroulé et la qualité des acteurs présents dans le box des accusés laisse plus d’un sur sa soif. Si l’on s’en tient au verdict, le massacre de Duékoué, serait l’œuvre de celui que l’on surnommait, il y a quelques années, la «terreur du Mont Péko». Si des témoins l’ont nommément cité comme le chef d’orchestre de certains crimes perpétrés les 28 et 29 mars 2011 à Duékoué-Carrefour, il est certain que les 800 morts n’ont pas trouvé la mort sous ses coups  de fusil. C’est du reste, le socle de la plaidoirie de son avocate, Rosine Aka, avant le verdict : «Ce procès me laisse sur ma faim, il y a bien eu massacre à Duékoué et je suis convaincue que Ouérémi à lui tout seul ne peut pas commettre ce génocide».

Quoiqu’on dise, c’est un procès au «rabais» qui vient d’avoir lieu sur cet épisode douloureux de la crise post-électorale de 2011. Et les quelques parents de victimes qui ressentiront un soulagement au terme de ce verdict ne constitue qu’une infime partie des victimes de l’innommable de mars 2011. Il faudra donc, un autre procès avec les vrais décideurs, exécutants et commanditaires de ce massacre qui ne saurait être mis à l’actif du «pauvre Amadé Ouérémi».

Il en est de même pour le verdict du procès du bombardement de Bouaké qui, en réalité, n’aura servi à rien d’autre que d’offrir une tribune aux autorités françaises de l’époque (Michèle Alliot-Marie et Dominique de Villepin) pour jouer aux vedettes sans véritablement apporter des faits nouveaux susceptibles de contribuer à faire la lumière sur cette sombre affaire que l’on veut nullement élucider.

 Davy Richard SEKONE

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