On sentait le rétropédalage de Roch Kaboré venir depuis la tragédie de Solhan, le 4 juin 2021 où plus d’une centaine d’âmes paisibles avaient été passées aux armes dans un massacre sans précédent revendiqué par des combattants du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM). Quelques semaines plus tard (le 30 juin 2021), le général Aimé Barthélémy Simporé fera son entrée au gouvernement comme ministre délégué à la Défense nationale pour y seconder le président himself qui s’était attribué le portefeuille de la Défense nationale. Plus d’un trimestre après, celui qui jusque-là secondait le chef suprême des armées a fini par franchir un palier.
Par décret daté du jeudi 14 octobre 2021, le président du Faso a décidé de nommer le général Aimé Barthélémy Simporé, laissant de côté sa promesse de ne pas avoir un «militaire dans son gouvernement». Fin de serment donc et c’est une véritable inflexion que vient d’effectuer le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré dans l’organigramme de son gouvernement. Lui qui dès le 1er mandat avait laissé entendre qu’il ne voulait pas de militaire dans son équipe gouvernementale. La grande muette avait encaissé en tapinois, mais modérément apprécié même si républicaine, elle avait opté de le rester jusqu’au bout.
En cette première année de second et ultime quinquennat, il l’a débuté de façon sanguinolente comme en 2016 avec l’attaque du Café Cappuccino et du Splendid Hôtel.
– Mais les choses changent en mieux avec des FDS aguerries, du matériel militaire étoffé, ainsi que le renseignement, l’arrivée des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et des populations qui se sont appropriées cette lutte asymétrique. Roch a donc lâché prise» en cédant le lourd fauteuil de la Défense nationale qu’il «pantouflait» avec la présidence. La Défense revient désormais aux militaires ! Des soldats qui se connaissent et qui savent qui est qui !
Cette nomination intervient alors que de nombreux pans du territoire burkinabè sont sous coupe réglée des groupes terroristes, qui y font la pluie et le beau temps et rançonnent des populations désemparées. Kantchari, Diapaga, Markoye, Mangodara, Tankoualou sont devenus des zones de non-droit aux mains des terroristes qu’il faudra déloger. Cela passe nécessairement par une profonde réforme des Forces armées nationales. Une armée toujours à reformater et à réorganiser car sous les régimes précédents, elle avait été malmenée disons, dépourvue de moyens , d’armes et d’entrainement même pour une guerre classique, à fortiori une guerre oblique. A une époque récente, la toute puissance de feu, c’était le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et le camp Naaba Koom concentrait à lui seul l’âme de l’armée créée par Sangoulé Lamizana. Un RSP, Forces spéciales, qui au fond avait sa place, mais qui s’est négativement connoté avec certaines affaires dont la moindre n’est pas celle Norbert Zongo.
Le général Simporé a une double mission :
– refondation de l’armée burkinabè avec les troupes, la chaine de commandements , l’esprit de corps…
– Eradiquer ou au moins circonscrire le terrorisme. D’ores et déjà, il s’agit d’une mission ardue et ce ne sera pas chose facile. En tant que premier ministre de la Défense sous le magistère de Roch Kaboré, il a un rôle historique et l’armée n’a plus de faux fuyants.
Davy Richard SEKONE


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