Yamba Elysée Ilboudo, soldat de 1ère Classe qui était ce 15 octobre, selon ses aveux, le chauffeur qui a conduit l’escadron de la mort qui a étalé Thomas Sankara et ses 12 compagnons au Pavillon Haute-Volta du Conseil de l’Entente, a-t-il vu oui ou non le général Gilbert Diendéré sur les lieux ?
A cette question noeudale puisqu’en l’absence de Blaise Compaoré et de Hyacinthe Kafando, seul Gilbert Diendéré peut apporter une part de vérité à ce régicide, à cette interrogation, l’accusé , s’il ne s’est pas recroquevillé pendant quelques temps comme une huître, a louvoyé, invoquant des trous de mémoires, lui qui pourtant la veille était très volubile , avant que sous la pression des questions du président du Tribunal et des avocats de parler de « peur » pour enfin lâcher que l’ex-chef d’Etat-major particulier de Blaise Compaoré était bien au Conseil de l’Entente en conclave avec ses soldats.
Il faut comprendre le soldat Elysée Ilboudo qui parle de son supérieur hiérarchique, mais surtout qui parle de Gilbert Diendéré, le chef suprême des sécurocrates sous Blaise Compaoré. Qui n’avait pas (ou n’a pas encore) peur de Diendéré ? Que ce soit depuis le CNEC de Pô, où il a remplacé Blaise ou plus tard au casernement Naaba Koom II, juste mitoyen à la présidence Kosyam avec son Régiment de la sécurité présidentielle (RSP), Gilbert Diendéré en imposait par ce qu’on lui prêtait ou les on-dit !
Taiseux par nature, ce qui en rajoutait à la crainte qu’il inspirait, Diendéré demeure dans l’imaginaire des Burkinabè, un vrai soldat, haut de forme , qui sait beaucoup , mais parle peu et agit.
S’il y était, reste à le prouver, étant donné que dans le témoignage d’Elysée Ilboudo, de graves incohérences mettent en cause ses facultés mentales même si selon le Tribunal un accident en 1989 ne saurait laisser de séquelles handicapantes au cerveau. Si donc Diendéré y était, reste à en administrer la preuve par des faits et témoignages. Tout juste dans une des rares interviews dans Jeune Afrique, a-t-il lâché en substance que les soldats étaient allés pour arrêter Thomas Sankara le 15 octobre 87 et «ça dégénéré», lorsqu’il est arrivé sur les lieux, il était trop tard, et il a ordonné d’enlever les corps.
Edoé Mensah Domkpin


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