IBK aura suivi dans l’éternité Moussa Traoré décédé le 15 septembre 2020 et ATT éteint dans la nuit du 9 au 10 novembre 2021. Ibrahim Boubacar Keïta est en effet décédé ce 15 janvier 2022 à 76 ans, presque 18 mois après avoir été renversé (18 août 2020) par un coup d’Etat dirigé par le colonel Assimi Goïta. Qui était IBK ?
Fabuleux destin que celui de ce natif de Koutiala qui manie avec aisance autant le Bamana que le Latin et la langue de Molière (lycée Janson Sailly et Sorbonnard obligent) pas une interview sans des références latines et des citations d’auteurs français, mais surtout qui eut un parcours politique respectable.
Véritablement, c’est Alpha Omar Konaré, son pygmalion politique qui l’a mis au cœur de l’arène en 1992 en faisant de lui son directeur de campagne, puis tour à tour son conseiller diplomatique, son ambassadeur, son ministre des Affaires étrangères, et enfin son premier ministre, sans oublier le perchoir qu’il occupa, marchepied vers le palais de Koulouba, grâce au réseautage qu’il y fera.
Le clash avec son maître-queux Konaré, surviendra en 2000, avec les mics-macs au sein de l’ADEMA. Mais il faudra 2 déconvenues électorales, avant que le partisan de «Takokélé» (un coup KO) puisse conquérir le palais de Koulouba en 2013 avec 77% des suffrages. Rebelote en 2018, dans un Mali gangrené par des croquants djihadistes et bandits de tout genre qu’essaient de neutraliser les FAMa, aidées par Barkhane, le corps expéditionnaire français.
Le septentrion, puis le Centre devinrent très vite des sanctuaires terroristes dont Kidal, Gao et Tombouctou en étaient les symboles. A-t-on reproché à IBK d’être dans l’incapacité insigne de neutraliser ces terroristes ? Manque de poigne et de stratégie pour combattre ces assaillants ? Toujours est-il que le Mali sécuritairement est devenu un pays à haut risque que lui brandissent à la figure ses contempteurs. Autre grief à l’égard d’IBK : sa supposée indolence envers les ripoux à boubous blancs, qui préemptent impunément dans les caisses de l’Etat.
Ce qui est certain, c’est que trois ans après le début de son second mandat, IBK semblait être ni Surcouf, ni Magellan, mais un capitaine qui aurait perdu le cap, avec une insécurité exponentielle, et une grogne sociale, qui s’amplifie au fil des jours. Désigné tacitement tricard à la tête du Mali, par une partie des Maliens, et celle de la Communauté internationale, le putsch du 18 août 2020, par le quarteron de colonels est venu mettre fin à un difficile quinquennat, que pourrissaient surtout le terrorisme et une mal-gouvernance dont les odeurs étaient de plus en plus nauséabondes.
On le savait malade, il s’était fait opéré à la gorge à Paris, peu avant sa réélection, mais sans doute c’est plus le chagrin qui aurait emporté IBK que la pathologique physique.
Miné par un Mali qui va à vau-l’eau depuis son renversement, et par son legs qui est détricoté, et à titre personnel par les péchés d’Israël dont on l’accable, «le châtelain de Sebénikoro» (nom du quartier où il réside), aurait-il préféré partir avant de voir son Mali toucher le fond ? Un Mali insécurisé, lesté de lourdes sanctions de la CEDEAO, au ban de la sous-région et de la Communauté internationale, une junte en bute avec justement les instances ouest-africaines, c’était plus que peut-être ne pouvait supporter IBK. Homme d’honneur, on peut supposer que ce qu’il a vu et entendu depuis sa chute, lui auraient été fatal, que le mal dont il souffrait. Patriote, viscéralement attaché au Mali et au continent sans oublier cette douce France où il passa 25 ans, il n’a pas pu supporter le sort actuel du Mali. Mais sans doute, si l’homme avait la possibilité de commenter sa propre mort, il s’en remettrait à Allah, agrémenté sans doute d’une citation de Diogène ou de Sénèque.
La REDACTION


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