Des missiles qui s’allongent et se reniflent mutuellement, des navires russes qui mouillent au large de la mer de Barentz, aux côtes ukrainiennes, des menaces et mises en garde entre Biden et Poutine, Macron qui promet un ultime appel à Poutine demain vendredi 28 janvier pour sauver diplomatiquement la situation en Ukraine «car en cas d’agression de la Russie, la riposte sera là et le coût sera élevé».
L’Ukraine et sa Toundra sont loin des sables du Sahel et pourtant la tambouille géopolitique qui s’y joue s’est déportée aussi en Afrique de l’Ouest avec la sortie de Evgueni Prigojine, celui-là même qui est considéré comme le parrain de Wagner et bras droit de Poutine, lequel a déclaré que «une ère de décolonisation s’ouvre» en Afrique avec l’avènement du coup d’Etat au Burkina. Surnommé le «cuistot de Poutine, il aurait voulu dire qu’il veut une sous-région en kaki, incandescente et qu’il cautionne ces raccourcis militaires, qu’il n’aurait pas dit autre chose.
Présent au Mali, c’est quasi un secret de polichinelle que Wagner et l’armée russe y sont pour combattre le terrorisme et protéger les autorités. Réclamés et même célébrés par les Maliens, Wagner et l’armée russe se sont déployés et combattent aux côtés des FAMa, alors qu’il y a aussi Barkhane et Takuba.
Une coexistence loin d’être pacifique car refusée par la France et l’UE, laquelle France y reste et même aura réussi à faire venir des armées européennes tels ces Danois dont l’arrivée a fait l’objet de polémique.
Au même moment, signe que le sahel est convoité, se déploient aussi les chassés-croisés diplomatiques tant à Bruxelles qu’à Bamako, avec cette réunion du G5 Sahel chapeautée par Josep Borell, le chef de la diplomatie européenne et l’aller-retour de Faki Mahamat, le président de la Commission de l’UA qui était dans la capitale malienne pour pousser la solution algérienne de 16 mois de transition.
C’est clair comme un nez crasseux sur un visage propre que le Sahel et plus particulièrement le Mali, est désormais le théâtre d’une lutte Sofpower entre la Russie et la France et l’UE ; Pourquoi ? Pour les beaux yeux des Sahéliens ? Pour des richesses hydriques et géologiques enfouies sous les sables ? A moins que ce ne soit pour que les terroristes ne parviennent pas jusqu’en Europe ! Dans ce cas que font les Popov au Mali ?
Evgueni Prigojine ou la voix du Tsar de Russie ? Plausible même si le Kremlin s’en est toujours lavé les mains sur cette présence ombrageuse au Mali.
Mais au fait que gagnent les Sahéliens dans cette bagarre entre grandes puissances ? Une protection contre les croquants terroristes ? Puérile croyance car si aide sécuritaire il doit y avoir (Serval et Barkhane l’ont fait) les Sahéliens doivent d’abord se défendre eux- mêmes et la cavalerie étrangère viendra en adjuvant. Est-on vraiment certain que les Russes pourront bouter les terroristes hors du Mali et du Sahel ?
L’effet domino malien qui a frappé le Burkina ce 24 janvier 2022 et les drapeaux russes qu’on a aperçu lors de la manifestation de soutien à la junte burkinabè le 25 janvier est caractéristique que le tropisme popov gagne les populations de la sous-région. Signe que le préjugé selon lequel la France ne peut plus rien, que la CEDEAO est disqualifiée pour ne sanctionner que les coups d’Etat militaires alors qu’elle est frappée de cécité face aux pantalonnades électorales et constitutionnelles (3e mandat), signe donc que ce préjugé gagne les esprits chaque jour… Un Sahel transformé donc en champ de bataille sourde mais dure et qui risque à terme de ne laisser que désillusion, amertume et résignation au sein des populations qui auront été les victimes d’une farce qui leur a coûté sang, sueur et souffrances.
La rédaction


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chronique d’une future guerre froide au sahel