La rupture militaire avec le Mali n’est plus une hypothèse d’école, mais bien dans l’univers des possibilités. C’est en substance ce qu’a laissé entendre Jean-Yves Le Drian hier, lequel a ajouté que « c’est pas la France qui quitte le Mali, mais le Mali qui s’isole» et sorti de la bouche du ministre français des Affaires étrangères et de l’Europe, ce ne sont pas des menaces en l’air.
A l’heure où l’opinion française, s’intéresse de plus en plus à ce corps expéditionnaire au Sahel, aux 53 soldats tués, à l’heure où le gouvernement est interpellé à l’hémicycle sur cette présence non désirée au Mali, comme l’a rappelé le député français Jean-Paul Le Coq qui affirme «que les coups d’Etat sont moins contestés que la présence français» ou encore le député et président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des Forces armées, qui a déclaré sur France-info que «perdre la vie pour assurer la sécurité d’un pays qui ne veut pas de vous, pose beaucoup de questions». Et surtout à moins de 80 jours de la présidentielle, les soldats tricolores avec armes en bandoulière sur les sables chauds du Mali, sont désormais un casse-tête français.
Après la rupture politique, la rupture militaire et même celle internationale, car l’Allemagne projette aussi de retirer ses 1 500 homes à la MINUSMA. Car outrée par l’expulsion de l’ambassadeur français au Mali, mais aussi par le fait que ses avions doivent désormais déposer une autorisation 72 heures avant de survoler le territoire malien, l’Allemagne aussi est fâchée contre la junte. Les Danois sont repartis, et les Norvégiens disent «Nous pas partir» bref, ça pourrait se compliquer pour le Mali sécuritairement si ça ne l’est déjà.
Evidemment, un tel retrait ne signifie pas retrait au Sahel, car un repli au Niger, en Mauritanie est envisageable, le Niger ou Florence Parly, la ministre des Armées évoquera avec les autorités ce repli stratégique et obligé de l’OPEX dans le pays. Un pays où aussi les manifestations pour le départ des troupes étrangères se sont multipliées ces derniers temps.
Le Mali a Wagner et sans doute des instructeurs russes sur son sol, lesquels le rassurent qu’ils neutraliseront les terroristes, qu’ils peuvent bien remplacer les Français et l’UE (avec Takuba). Mais quel discours pouvait seriner Wagner pour cette porte d’entrée au Sahel qu’est le Mali ?
Et pourtant, la junte devrait beaucoup réfléchir avant de vouloir tout rompre avec la France et l’UE. Revoir les Accords de défense, peut-être comme l’a laissé entendre le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, les dénoncer, ce serait un risque non calculé que prend Goïta et Cie. Comme dit un adage africain «La femme ne doit pas voir le panier neuf de sa voisine et jeter le sien qui est vieux».
Invectiver, et rabrouer, et vouloir humilier la France et l’UE, c’est du populisme qui semble payer de nos jours au Sahel, car c’est un discours qui fait recette, mais souvent la réalité est autre, surtout la réalité sécuritaire, n’en parlons pas économique et financière lesquels poids au Mali commence à peser, où on sent le corset des sanctions, infligées au pays.
Evidemment, la France devrait aussi polir son langage et éviter les discours condescendants et un peu néocoloniaux qui rebutent. C’est moins la France que rejette une frange de la jeunesse africaine que certains comportements et propos ambivalents qui flirtent bon une Françafrique déclarée pourtant disparue.
Pour l’instant, la junte devrait éviter les positions maximalistes. Ce chauvinisme et patriotisme ne sauraient justifier de brader le Mali à l’encan.
La REDACTION


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