Y a-t-il entorse à un article de la Constitution burkinabè ? Paul-Henri Sandaogo Damiba ne devait-il pas prêter serment avant l’avènement de la Charte ? Les grands juges ont-ils fauté par l’ordonnance n° 2022-001/CC/CAB du 8 février 2022 en décidant cette prestation comme le clame le constitutionnaliste Abdoulaye Soma ?
Aujourd’hui en tout cas, 16 février 2022, le président du MPSR, chef de l’Etat de fait depuis le 24 janvier, jour de la démission de Roch Kaboré, prêtera serment devant le Conseil constitutionnel, lequel lui avait dévolu le pouvoir le 8 février. C’est d’ailleurs depuis cette date qu’une polémique a éclaté, entre ceux qui estiment que le Conseil constitutionnel n’avait pas à prendre cette décision, et que le tombeur de Roch n’a pas à poser cet acte, dont il n’en a pas besoin étant venu au pouvoir par un coup d’Etat !
Il est vrai que même pour le profane, un coup contre l’Etat, qui arête tout ce qui était légal dispense celui qui l’a perpétré de cette formalité institutionnelle.
N’empêche qu’on a vu Mamady Doumbouya en Guinée et Assimi Goïta au Mali se prêter à ce rituel accompli d’habitude par les présidents élus. Pourquoi le Burkinabè Paul-Henri Damiba n’arborerait-il pas les insignes de Grand-maître des ordres burkinabè ?
Un président du MPSR qui semble avoir d’autres chats à fouetter, à commencer par la question sécuritaire, une des raisons qui ont conduit à sa prise de pouvoir, ce qui l’a amené ce 14 février au Nord (Ouahigouya, Titao et Sollé) et dans la Boucle du Mouhoun (Toéni) pour s’enquérir de l’existant dans ces contrées, particulièrement éprouvées ces derniers mois par des attaques terroristes. Les images de populations fuyant Titao vers Ouahigouya distant d’une quarantaine de kilomètres, où la mort de Ladji Yoro, célèbre VDP qui mena d’épiques combats contre les terroristes avant de succomber le jeudi 23 décembre 2021, tous ces faits sont récents et vivaces dans les mémoires.
En hélicoptère, tenue bariolée, avec pistolet à la ceinture, le béret rouge bien vissé sur la tête, c’est au pas de charge militaire que le chef du MPSR a fait cette visite de terrain. Ce n’est pas nouveau pour Paul-Henri Damiba, car le front, ou plutôt cette guerre asymétrique, il la connaît, puisqu’il y allait, et des images d’archives le montrent d’ailleurs, fusil en bandoulière sur certains théâtres d’opération au Burkina Faso. A l’Est surtout où il a guerroyé contre les croquants djihadistes ou grands bandits reconvertis. Décryptage de ce déplacement : la sécurité et le retour des déplacés internes dans leur «bled» sont la priorité de l’enfant de Nakalbo.
C’est un président-soldat qui va donc être assermenté devant ces grands juges aujourd’hui, et désormais, a un vernis de légalité pour conduire un Burkina multicrisé vers des lendemains qu’on espère chantants.
La REDACTION


COMMENTAIRES