C’est un drame qui alourdit l’atmosphère et empoisonne les relations entre les deux pays. Au lendemain de la disparition de plusieurs dizaines de ressortissants mauritaniens à la frontière avec le Mali et des accusations d’exécutions sommaires portées contre les Forces armées maliennes (FAMa), le gouvernement de la transition de Bamako, après un moment de «silence», a fini par réagir.
Il ne pouvait en être autrement. En signe de protestation contre ces disparitions, Nouakchott avait convoqué l’ambassadeur du Mali pour lui exprimer sa préoccupation. La première réaction des autorités maliennes viendra du président malien le colonel Assimi Goïta qui, dans un entretien téléphonique, exprimera «toute la compassion du peuple frère du Mali» à son homologue Ghazouani. Ensuite viendra le communiqué du gouvernement malien qui rejette toutes les accusations portées contre son armée après cet incident. «Aucune preuve ne met en cause les Forces armées maliennes (FAMa) qui respectent le droit humain et agissent toujours avec professionnalisme dans leur lutte contre le terrorisme». Dans le même communiqué, les autorités maliennes estiment que ces actes criminels sont destinés à porter atteinte aux relations plus que fonctionnelles entre les deux pays. Côté malien, une enquête est ouverte pour élucider la situation. Le Mali va plus loin en s’engageant à rechercher les coupables de ces crimes qualifiés odieux afin de les traduire devant les juridictions compétentes.
Comme si cela ne suffisait pas, une forte délégation conduite par le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop se rendra dans les prochaines heures dans la capitale mauritanienne pour parler de cet incident. Ce n’est pas fréquent de voir le Mali envoyer des missi dominici dans un pays voisin. Mais, cette fois-ci, le jeu en vaut la chandelle. C’est donc dire que d’un côté comme de l’autre, la situation est prise au sérieux et face à ces graves accusations, le Mali n’entend pas se laisser conter fleurette et est décidé à prendre les devants pour un règlement rapide de cette situation embarrassante.
Cela y va de sa survie, pourrait-on dire, quand on sait que depuis le 9 janvier 2021, le Mali placé sous sanctions de la CEDEAO s’est tourné vers la Mauritanie pour son ravitaillement. Il serait donc très risqué de perdre cette débouchée qui soulage les souffrances et les peines d’un pays au bord de l’asphyxie économique. Il est de bon ton donc que le Mali emploie tous les moyens en son pouvoir pour apaiser la tension qui pourrait naître de cette situation. Et dans l’attente des conclusions de l’enquête sur ces disparitions, rien de ce qui est entrepris par le gouvernement de Choguel Maïga n’est de trop, pour empêcher que des nuages viennent assombrir ses relations avec ce voisin plus que «précieux»
Davy Richard SEKONE


COMMENTAIRES