L’apnée de la Côte d’Ivoire n’aura duré que 48 ou 72 jours, car le pays est retombé hier de sa suspension avec le Grand oral du président de la République, Alassane Ouattara devant le Parlement réuni en session à Yamoussoukro, au cours de laquelle il a choisi son vice-président, en la personne du futur ex-gouverneur de la Banque des Banques de l’Afrique de l’Ouest, la BCEAO, Tiémoko Meyliet Koné, et reconduit Patrick Achi à la Primature.
Si pour ce dernier, les analystes de la Lagune Ebrié s’y attendaient plus ou moins, et si c’est quasiment par une périphrase que Ouattara a renouvelé le bail d’Achi, «je vous donne instruction de poursuivre», si donc pour la Primature, c’était quasiment plié, respectant ainsi un fragile équilibre politique Nord-Sud, sous réserve de voir la configuration du gouvernement Achi 2, pour la vice-présidence, restée vacante depuis la démission de Kablan Duncan en juillet 2020, plusieurs noms ont circulé, mais pour ce coup-ci, tout était verrouillé, et c’est quasiment un poker que Ouattara a sorti de son chapeau pour le seconder, selon l’esprit de la Constitution ivoirienne. Ce fut la surprise du chef !
Et c’est un fidèle qu’il a déniché depuis qu’il était perclus à l’Hôtel du Golfe lors de la bataille post-électorale en 2011, Tiémoko Meyliet Koné, natif de Katiola, est d’abord un «Ouattariste» qui a remplacé, Philippe Tabley-Dacoury à la BCEAO
C’est dans la foulée de l’après 11 avril 2011, qu’il est bombardé gouverneur de la BCEAO par le Conseil des chefs d’Etat de l’UEMOA, reconduit en 2014 et en 2020.
«J’ai porté mon choix sur un technocrate hors pair, brillant, et un économiste compétent et travailleur», a lâché Ouattara comme ode à cette promotion de cet homme, affable et respectueux qu’est Meyliet Koné.
Mais pas besoin de faire sciences pro, ni d’être un disciple de l’herméneutique pour comprendre qu’au-delà de la personne de Meyliet Koné, c’est un appel de pied à toute une région que fait Ouattara, le Nord ou plutôt l’union du Grand-Nord. Ce conglomérat des intellos et gourous politiques, Dioula de préférence, qui ne se cachent même plus pour professer ex-cathedra que le pouvoir doit rester au Nord. Les Baoulé n’ont-ils pas gardé ce pouvoir plus de quatre décennies ? crient-ils en Choeur.
Evidemment, une guerre feutrée se mène, car dans cette société politique, il y a des bisbilles générationnelles. Mais pour le moment, en optant de faire de Meyliet Koné, le vice-président, Ouattara contente un Nord en ordre de bataille pour garder ce pouvoir chèrement acquis.
En vérité, Ouattara en misant sur un élément qui est de son écurie proche, bétonne sa succession. C’est un homme d’expérience, septuagénaire, il est né le 26 avril 1949, mais a besoin d’être préparé, organisé, une sorte de training, un exercice pour habiter la fonction présidentielle en cas de besoin, c’est à cela que s’adonnera le nouveau vice-président, et si à l’heure du choix naturel ou forcé, il sera prêt pour remplacer Ouattara, son mentor.
C’est donc une nomination successorale, qu’a effectué le chef de l’Etat ivoirien, au cas où. Et même qu’une short list, selon certaines sources introduites, est en attente, si Meyliet ne parvenait pas à être à la hauteur. Sont de ceux-là, «Photocopie », le frère cadet, fidèle Sarassoro, Abdourahmane Cissé.
C’est dire que 2025, est omniprésent dans l’esprit de Ouattara et pas seulement lui, toute la galaxie ouattariste, relativement à la conservation du pouvoir y songe. Ouattara apparemment a lu Machiavel. Comment conquérir et conserver le pouvoir ? Une succession au cordeau voilà ce que tente d’échafauder le président ivoirien (octogénaire) avec Meyliet, même s’il sait qu’en politique, rien ne se passe comme prévu, il y a le hasard, mais il y a en l’espèce, une opposition bien qu’aphone et tétanisée en embuscade, sans compter les bagarres byzantines autour du chef de l’Etat, pour la succession. A l’évidence, le bal des prétendants ne fait que commencer en Côte d’Ivoire.
La REDACTION


COMMENTAIRES