Nous y sommes enfin ! Ce 3 juillet, trois pays auront les yeux et les oreilles rivés et tendus vers Accra : le Burkina Faso, le Mali et la Guinée. Les chefs d’Etat de la CEDEAO y tiendront une réunion qui les intéresse au premier chef.
Au fond, ce sommet apparaît comme celui de la vérité pour les colonels-putschistes que sont Assimi Goïta au Mali, Mamady Doumbouya en Guinée et Paul-Henri Sandaogo Damiba au Burkina Faso. Ces putschs intervenus dans un espace sous-régional où le syndrome des troisièmes mandats et l’instabilité ont fini par ouvrir la voie au retour des bruits de bottes et Rangers, sont restés en travers de la gorge des chefs d’Etat de l’organisation. Depuis lors, le Mali qui a connu le premier changement anticonstitutionnel le 18 août 2020, puis en mai 2021, a été durement frappé par un double embargo de la CEDEAO et de l’UEMOA. Le 5 septembre 2021, la Guinée se réveillera sous les crépitements des armes qui ont consacré la chute d’Alpha Condé et la prise du pouvoir par le colonel Mamady Doumbouya. Comme si le spectre des sanctions n’avait rien de dissuasive, le Sahel sous emprise terroriste, fera de nouveau son entrée dans ce cercle des «indésirables» quand le lieutenant-colonel Damiba va renverser le président Kaboré, dans la soirée du 24 janvier soit quinze jours après les «dures sanctions qui se sont abattues sur le Mali».
Ces sanctions dont les conséquences se font sentir par des populations très éprouvées, ont fini par convaincre la junte qu’elle devait lâcher du lest et jouer balle à terre en revoyant la durée du chronogramme à des proportions acceptables (24 mois) alors que la CEDEAO table sur 16 à 18 mois de transition. En étudiant le contexte au cas par cas, le Burkina Faso semble être l’enfant épargné et la Guinée se révèle comme celui qu’on a mis en observation depuis les évènements.
Lors de ce sommet d’Accra, il est clair que l’emblématique décision qui pourra sortir est la levée des sanctions contre le Mali qui semble s’être plié un tant soit peu sous les injonctions des chefs d’Etat. Cette posture de Goïta et les siens, met un terme au bras de fer qui oppose le Mali à la CEDEAO. Elle permet également à l’organisation de faire preuve de «magnanimité» et de regagner l’estime des populations qui la taxent de «CEDEAO des chefs d’Etat». A coups sûrs, la levée de ces sanctions dont les effets se font sentir en Côte d’Ivoire, au Togo et au Sénégal soulagera plus d’un. A titre d’illustration, en dépit de l’embargo, le Mali a exporté 11 600 têtes de bétail vers la Côte d’Ivoire pour la Tabaski. En économie, c’est quelque chose de précieux ! Enfin, la chaude journée qu’a connue la capitale ghanéenne, après les émeutes de la vie chère du 28 juin dernier des émeutes de la vie chère à Accra pourrait constituer une exhortation subtile faite aux chefs d’Etat de la CEDEAO de l’urgence de résoudre la question malienne fissa. Pour le Burkina, rien n’est sûr, sauf encore une habituelle bienveillance de la CEDEAO. La bonne fortune sera toujours du côté de Damiba ? En tout cas, on en saura plus dès aujourd’hui après l’examen du dossier burkinabè par le médiateur Issoufou. Le sort de la Guinée reste suspendu au dialogue qui vient de s’ouvrir .
Davy Richard SEKONE


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