Retour sur la rencontre Damiba et ex-chefs d’Etat :Flop d’une réconciliation  nationale sur les chapeaux de roue

Retour sur la rencontre Damiba et ex-chefs d’Etat :Flop d’une réconciliation nationale sur les chapeaux de roue

En lieu et place du format 1+5, ce fut celui du 1+2. Initiée par Damiba, le chef de la Transition au Burkina, la rencontre avec les anciens chefs d’Etat que sont JBO, Michel Kafando, Yacouba Isaac Zida, Roch Kaboré et Blaise Compaoré a finalement fait flop. Et s’il envisageait offrir un cadeau de Tabaski pour les Burkinabè, c’est raté ! «MBa Michel» (Kafando) malade s’est excusé par épistolaire, Zida a été retenu au Canada officiellement pour des raisons administratives (même si des fuites font état d’autre chose), et enfin Roch a été «empêché» par des partisans de sortir de son domicile.

Au final le président Damiba s’est retrouvé avec 2 «ex», Blaise et JBO, mais il manquait un absent de taille Roch, lequel, s’il était là, aurait fait atteindre le quorum.

 

 

Roch et Damiba, bonne foi en bandoulière

 

 

C’est une embardée politique qui était attendue car à vrai dire, Damiba est animé de bonnes intentions, tant sur le plan de la lutte contre le terrorisme que sur la réconciliation nationale tout comme d’ailleurs l’était Roch, mais la seule foi en bandoulière ne suffit pas pour faire bouger les lignes dans un Burkina encalminé dans une crise politico-militaro-judiciaire. Et encore, le chef de l’Etat a inversé l’approche. On sent qu’il emprunte le chemin de Roch, lequel avait fait un travail formidable sur ce plan mais hélas, Damiba veut aller trop vite. Il aurait fallu d’abord organiser le forum que s’apprêtait à mettre en musique Zéphirin Diabré, l’ex-ministre de la réconciliation nationale. Ça tombe bien, Yéro Boly l’a remplacé au pied levé après le coup d’Etat du 24 janvier. A cette agora, il suffisait de prendre des recommandations consensuelles sur une amnistie (que Damiba peut introduire à l’ALT, l’article 54 de la Constitution lui permet) ou sur une grâce présidentielle et enfin insérer une rencontre entre les anciens présidents, et le tour était joué.

 

 

Fouler au pied des cours et jugements

 

Or en voulant une réconciliation à la va-vite sur les chapeaux de roue, Damiba a manqué de cocher des cases indispensables. En l’espèce, on paie cash. Cette rencontre du 8 juillet fut donc un rendez-vous manqué, regrettable, car en l’absence de Roch, on peut s’interroger sur la pertinence de ce cénacle réduit à 3. Pire, cette réunion a ouvert des fractures béantes en marginalisant l’institution judicaire et en roulant aux pieds des cours et jugements notamment sur la condamnation à perpétuité de Blaise dans l’affaire Thomas Sankara. Et puis si la classe politique a perdu le pouvoir, cela n’enlève rien à sa vitalité et à sa capacité de mobilisation et de défense de ses visions.

 

Et de facto de nombreuses questions taraudent les Burkinabè :

 

– Pourquoi un tel empressement et manque de concertation de la part du MPSR ?

 

– Roch a été évincé pour inefficacité dans sa gestion sécuritaire, quels conseils attendre encore de lui puisqu’il dit que c’est sur ce sujet qu’on l’a invité ? (Lire page 2).

 

– Les politiques ont été mis de côté en ce qui concerne la gestion de la Transition de quoi se mêlent-ils de réconciliation ?

 

– Pourquoi avoir maintenu une rencontre dont on savait les difficultés sauf à croire que le passage en force était possible face à une classe politique aguerrie et combative ?

 

Et les quelques leçons à tirer de cette esquisse de réconciliation nationale qui est partie en vrille sont :

 

1) C’est un échec, car la méthode n’y était pas mais c’est un premier pas prometteur, et l’invite de  Damiba à Roch à se mettre au-dessus de la mêlée n’est pas dénuée de bon sens. Roch aussi doit voir l’intérêt supérieur du Burkina et transcender le reste.

 

2) L’initiative de Damiba aura permis également de mettre à nue toutes les contradictions, toutes les lignes rouges franchies ou pas, ainsi que la ténacité de toutes les adversités.

 

 

Blaise réquinqué d’être parmi les siens

 

3) Tous les compartiments du peuple se sont exprimés bruyamment et il revient aux politiques de savoir se parler pour sauver la Nation.

 

4) S’il faut saluer aussi ce retour temporaire de Blaise depuis 8 ans, lequel a foulé le sol de Naba Oubri, ce qui est bon pour le moral, pour sa famille, pour ses partisans et ça requinque  l’enfant terrible de Ziniaré, à contrario, l’image de lui qui visiblement n’a plus bon pied, bon œil et n’est pas du tout ingambe (c’est vrai qu’il a 71 ans), cette silhouette d’un Blaise hésitant et un peu absent n’aurait pas dû être montrée au public. Il fallait préserver beaucoup de cet homme qui a dirigé le BF pendant 27 ans. On aurait pu faire ce conclave en visioconférence, même si l’on a restauré la résidence de Blaise à Ouaga 2000 pour l’attendre.Ca viendra après le règlement des problèmes.

 

5) Enfin ceux qui passent leur temps à vilipender Roch ont tort, ils doivent revoir leur copie.  Même s’il est vrai que Roch aurait dû dès la prèmière rencontre à 3 avec Damiba, faire savoir qu’il n’est pas partant pour celle du 8 juillet. Et puis pourquoi le même Roch à-t-il donné son OK aux Chefs d’Etat, puis a fait ce faux bon à la dernière minute ? Néamoins, on ne peut pas forcer une personne à serrer la main d’une autre, à fortiori un ancien chef d’Etat ; on ne peut pas tordre le cou à Roch d’aller à une quelconque réunion sans respect préalable, sans concertation (dans sa brève conférence de presse, l’intéressé parle d’une lettre l’invitant à venir parler d’insécurité et non de réconciliation nationale). Encore une fois, Roch aurait dû le dire avant ! Pas après !

 

Bref, une seule personne manque et tout s’écroule !

 

En conclusion, pour cette réconciliation nationale voulue par les Burkinabè, et qui a fini en eau de boudin, Damiba doit mieux faire en termes de méthode l’une de ses faiblesses insignes, car c’est lui qui doit imprimer les sillons.

Zowenmanogo Dieudonné ZOUNGRANA

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0
Aujourd'hui au Faso

GRATUIT
VOIR