Emmanuel Macron, le président français est en Algérie, à partir de ce 25 août et ce, jusqu’au 27 pour requinquer des rapports entre les 2 pays passablement gagnés par une atmosphère polaire, qui en rajoute à un passé lourd de quiproquos, et de suspicions.
Jeunesse et innovation, ce sont les 2 pôles qui sous-tendent ce deuxième séjour après celui de 2017.
Mais certaines personnalités qui l’accompagnent indiquent bien les dossiers au menu de ce déplacement présidentiel : Catherine Colonna (Armées), Bruno Le Maire (Economie), Gérald Darmanin (Intérieur), Benjamin Stora (auteur du rapport éponyme).
En politique, surtout dans les rapports entre Etats, pas de place pour le manichéisme, la ligne de démarcation Bien-Mal n’est pas si tenue, et c’est pourquoi, l’acuité de la guerre Ukraine-Russie sera au cœur de cette visite, et de facto, la question de l’approvisionnement en gaz des Européens.
Mais c’est sans doute, les attentes actuelles des Algériens qui seront le plat de résistance de l’aparté Macron-Tebboune.
Et que veulent les Algériens ? Un présent qui rassure sur l’avenir, et la problématique des visas est un viatique vital pour eux.
Après le séjour de Macron en 2017, les rapports entre Paris et Alger sont devenus houleux, car la France avait réduit drastiquement (de moitié) les visas octroyés aux Algériens. Ajoutée à l’amertume liée au passé colonial, c’était un véritable casus belli, que va tenter de calmer Macron, et la présence de Darmanin dans la délégation n’est pas fortuite.
La solution envisagée est que Paris serait disposé à revoir à la hausse ce quota de visas en contrepartie de laissez-passers qu’Alger délivrerait aux Algériens clandestins expulsés de France. Car c’est cela aussi le petit différend entre les deux pays, Paris expulse souvent des indésirables, mais Alger rechigne à donner un sauf-conduit pour leur retour au pays.
Macron devrait essayer de trouver une solution à cette question des visas avec Tebboune, laquelle question a envenimé les relations depuis 2021, car en creux de ces visas, se pose le problème de l’immigration. Et qui dit immigration, dit jeunesse, laquelle scrute toujours vers l’Hexagone comme la serrure de son avenir.
Evidemment, la vieille question mémorielle s’invite forcément à cette visite de Jupiter en Algérie. Et si ce dernier veut une «nouvelle page d’avenir» avec ce pays, elle devra s’écrire en brûlant certaines scories et en conjuguant certaines choses au présent : la question coloniale, les Harkis, la commémoration des 60 ans des Accords d’Evian, c’est autant de sujets qui divisent.
Le rapport Stora, travail fouillé d’historiens dont l’une des recommandations-phares est la création d’une commission «Mémoires et vérité» pour «impulser des initiatives communes entre la France et l’Algérie sur les questions de mémoire», est une esquisse de piste possible.
Mais Bruno Lemaire ne serait pas de ce voyage algérien s’il n’y avait pas aussi les affaires, et c’est l’occasion aussi de nouer des partenariats gagnant-gagnant, notamment des investissements d’entreprises françaises en Algérie. Macron porte aussi donc le costume de VRP à ce déplacement.
Enfin, à l’heure où la France œuvre à contrer l’influence russe, en matière économique, politique et surtout militaire (Moscou et Alger ont fait des manœuvres communes à la frontière marocaine), ce déplacement jupitérien est aussi géostratégique. Oui, le Sahel devrait être aussi au milieu de cette visite, dans ce pays qui a son mot à dire dans la lutte contre le terrorisme, et au moment où Barkhane s’est totalement désengagée du Mali. L’Algérie est une puissance au Sahel, et Macron en tiendra compte en discutant avec Tebboune. Jupiter effectue donc un voyage diplomatique, mémoriel, d’affaires et sécuritaire dans un pays avec lequel la France essaie de normaliser des relations du passé au présent qui ne passent pas.
La REDACTION


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