La grandeur de la justice est qu’elle est patiente, sait attendre et essaie selon son emblème la balance de trouver le juste milieu. Sa faiblesse est qu’en chacune de ses décisions coexistent autant le progrès que le recul.
Les foucades capitaine Dadis Camara qui présida aux destinées de la Guinée, en 2009 et qui rêva d’ôter la tenue de camouflage pour le costume de présidentiable l’ont-elles conduit à envoyer des sicaires pour casser de l’opposant ce 28 septembre 2009 au stade du même nom ? En effet, ce jour funeste, à l’annonce plus ou moins explicite du locataire du camp Alpha Yaya, de se faire absoudre par le feu du suffrage universel, les Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, Jean Marie Doré … sonnèrent le tocsin afin que les Conakrykais se retrouvent au stade du 28-Septembre afin de dire Non à cette tentation pouvoiriste.
157 personnes furent tuées et 109 femmes violées, et 13 ans ont passé sans qu’on ne sache exactement la vérité sur les circonstances de cette tragédie, et qui sont les commanditaires.
L’instruction débutée en 2010 et achevée en 2017, aura permis d’inculper 12 personnes au premier rang desquels, le président du CNDD, le Conseil national pour la démocratie et le développement.
Depuis le 25 septembre, Dadis est à Conakry pour «laver son honneur», lui qui coulait un exil doré mais forcé à Ouagadougou, est d’ailleurs depuis hier 27 septembre un pensionnaire de la prison centrale de la capitale, avec celui qui tenta d’ailleurs de lui loger une balle dans la tête il y a 11 ans et que Dadis indexe comme l’instigateur de ce drame : Toumba Diakité.
Après l’interrogatoire direct toujours hier en presence leur avocat, c’est ce matin que les Dadis, Toumba Diakité, Claude Pivi alias Coplan, Tiégboro Camara, Abdoulaye Diaby …, tous dans le box des accusés devront se défendre contre les crimes intentés contre eux.
Un procès qu’il faut saluer malgré les doutes et certaines insuffisances qui l’entourent. D’abord, c’est un dossier suivi par le président de la Transition, Mamadi Doumbouya, mais le fait même qu’il puisse se tenir 13 ans après la commission des faits est une petite prouesse sous nos cieux où ce genre d’affaire finit par se perdre dans les dédales politico-judiciaires. Evidemment, tous les regards seront braqués sur l’ubuesque Dadis, dont les années passées dans la capitale burkinabè ont assagi.
Quelle sera sa crête de défense ? Se défaussera-t-il sur Toumba ? Lèvera-t-il la suspicion selon laquelle, militaire, il aura conclu un deal avec ses frères d’armes au pouvoir afin de venir comparaître devant un simulacre de jugement? Quelle sera la part de vérité du bouillant capitaine ? Car ce retour de Dadis pour être jugé est nimbé aussi de politique, c’est un ex-chef d’Etat putschiste, mais qui demeure relativement populaire et dans l’armée, et surtout dans cette luxuriante Guinée forestière, son fief. Et son jugement et le verdict qui lui sera imputé auront un impact sur le landernau politique et la grande muette. Procès-vérité, procès-sensible, procès-catharsis, mais procès aux relents politiques.
Au-delà de ces considérations, c’est une occasion où la justice guinéenne joue aussi sa crédibilité, car si l’on pointe la carence technique, le manque de moyens (que promettent de suppléer les USA, l’UE …) et la compétence de magistrats peu habilités à connaître des affaires de viols, avec ce procès Dadis, et les précédents Hissène Habré, Sankara … les juridictions ad hoc ou nationales africaines prouvent qu’il n’est point besoin d’une Thémis supranationale pour juger les princes ou seigneurs de guerre. De nombreux parents et femmes violées le 28 septembre ont disparu, mais à défaut de connaître la vérité historique, on aura celle judiciaire et quelque part, ce sera une sorte de reddition des comptes à Conakry sur ce dossier. Et un début de cicatrisation des blessures physiques et psychiques et la fin d’un interminable deuil.
La REDACTION


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