89 ans dont 40 années au pouvoir, 7 élections, Paul Biya le président du Cameroun qui a soufflé ses noces d’Emeraude ce 6 octobre 2022 est à ce jour l’un des chefs d’Etat qui aura obtenu un si long temps au compteur du levier d’un pays africain.
Il est devancé par l’Equato-guinéen Téodoro Obiang NGuema, 43 ans au pouvoir et qui a 80 ans lequel rempilera le 20 novembre prochain pour un 6e mandat. Faut-il s’en féliciter ou condamner ? Faut-il en rire ou pleurer ? A quand l’après-Biya ? L’intéressé en a donné la réponse, il y a quelques mois en présence du président Emmanuel Macron : «J’ai été élu. Mon mandat arrivera à terme, en ce moment, vous saurez si je reste ou je partira au village».
Ni le temps, ni la houle de l’Histoire ne semblent ébranler ce fils de catéchiste, car pour tous ceux qui n’auraient retenu de l’homme que par la lecture, les laïus sur la Toile, ou les rapports de certaines ONG ont un peu faux, car l’accession ou le maintien de Paul Barthélémy Biya à la tête du Cameroun relève du mélange de plusieurs choses parmi lesquelles, certaines lui sont méritoires.
Il connait le Cameroun
Chiquenaude hasardeuse ou divine, la seconde hypothèse sans doute, si l’on s’en tient à ses 7 ans passés à l’école de la mission, car s’il y a 60 ans le président Ahmadou Ahidjo lui a mis au pied à l’étrier en tant que chargé de mission, l’homme ne quittera plus les arcanes du pouvoir, cultivant d’ailleurs un fétichisme pour le chiffre 7 : 7 années d’études supérieures, 7 ans comme secrétaire général de la présidence, 7 ans premier ministre et il est à son 7e mandat ! S’il est resté tant au pouvoir, c’est d’abord tout simplement que les Camerounais l’ont élu et réélu : le chairman John Fru NDi peut bien avoir dit qu’il a gagné la présidentielle de 1998, tout comme Maurice Kamto continue de clamer qu’il est le président élu à la dernière élection, toujours est-il que les Camerounais semblent accepter le fait accompli souvent en ronchonnant…
Mode de vie reglé
Sa longévité s’explique aussi basiquement par un mode de vie bien millimétré à la Emmanuel Kant : repas frugal, sport (golf, marche …) thalasso dans les eaux thermales suisses, pas de mondanités, taiseux, ses interviews sont rares et un entourage qu’il contrôle, malgré ses longues absences à l’extérieur, ou au calme dans son natal de M’vomeka ou tout simplement dans son bureau. Il a un rouleau compresseur électoral le RDPC très redoutable. Il a fait du silence, ou plutôt de la discrétion, un style de gouvernement qui marche, dans ce Cameroun habitué depuis des lustres au système D, lequel pourtant par son agriculture est le grenier de la sous-région.
Il délègue, nomme des hommes à des postes de confiance tout en surveillant et gare à qui se prend à rêver de dauphinat ou à se croire tout-puissant. Biya rappelle rapidement que le patron c’est lui. En ce sens, Paul Biya habite bien la fonction présidentielle qui explique aussi en partie ce long règne. Car à tout moment, le couperet de la disgrâce tombe souvent à la radio pour ministre ou directeur général, qui l’apprend en même temps que le Camerounais lambda. Le patron, c’est lui ! Certains proches collaborateurs qui s’étaient déjà mis à rêver de l’après-Biya, sont en prison depuis des années. «L’Epervier» plane toujours au-dessus du Cameroun. A juste raison, car la corruption existe bien. Le locataire du palais mille-feuilles connaît le régalien, le sens de l’Etat, pour en avoir gravi les échelons !
Un avant et un après 1984
Evidemment, la fêlure du coup d’Etat de 1984 conduit par un certain capitaine Guérandi qui occasionna des centaines de tués, a changé l’homme car depuis cette date, le Biya ouvert et accessible s’est doté d’une sécurité rodée, un service de renseignement efficace … Le prurit sécessionniste anglophone ne peut pas ne pas être dans la tête de Biya, mais s’il est ainsi inoxydable, c’est parce que derrière les apparences, il gouverne (avec son style), et tient le Cameroun, et au fond, ses compatriotes s’en sont accommodés, car si on excepte les équipées de Boko Haram à l’Est et la question anglophone, le Cameroun a la paix, un des suprêmes biens pour tout Etat. Certains évènements de la dernière décennie avec les différents printemps arabe ou sahélien, avec leurs résultats médiocres incitent aussi à penser que mieux vaut un président avec 10 ou 20 ans au pouvoir, qu’une succession de 2 ou 3 chefs d’Etat en 1 ou 2 ans ! Il n’est donc pas président depuis 40 ans par hasard, quitte à jouer à son avocat, alors joyeux anniversaire, Monsieur le président Biya !
La REDACTION


COMMENTAIRES