Alors que les Ivoiriens ébaubis avaient les yeux tournés vers Ouagadougou où avait eu lieu 2 mois auparavant, la tragédie du «Cappuccino», du nom d’un café de la capitale burkinabè où avait eu lieu la toute première attaque terroriste d’envergure, alors que les voisins ivoiriens s’enquéraient donc de ce drame, soudain le 13 mars à la station balnéaire de Grand-Bassam, ce fut l’enfer. Surgis de nulle part, des hommes armés tirèrent sur tout ce qui bougeait, laissant sur les berges sablonneuses 22 victimes (19 civils et 3 militaires) de nationalité française, libanaise, allemande, malienne, macédonienne et nigériane, AQMI s’arrogera la paternité de ce sang versé.
6 années après et au fil d’une studieuse enquête si en tout 18 personnes ont été inculpées pour divers délits criminels liés à cette attaque, 4 personnes ont été interpellées et dont la comparution a commencé hier 30 novembre 2022 devant le tribunal criminel d’Abidjan : un homme «précurseur» qui identifia les lieux, deux hébergeurs du commando-tueur et Mohamed Cissé le chauffeur qui a transporté les armes.
Apparemment, des comparses, puisque les gros poissons sont soit dans la nature, soit en prison ailleurs. Tels «Ibrahim 10» de son vrai nom Fawaz Ould Cheick qui croupit dans une prison malienne pour son implication avérée dans l’attentat du bar-restaurant «La terrasse» à Bamako où encore Mimi Ould Baba, qui serait le commanditaire de l’innommable de Grand-Bassam, ou encore Kounta Dallah, évanoui dans la nature et qui serait une des éminences grises de l’attaque de Grand-Bassam. Il s’agira pour le Tribunal criminel de comprendre une partie sinon la totalité des tenants et aboutissants de ce premier attentat terroriste en Côte d’Ivoire.
Comment ces hommes ont pu pénétrer à Grand-Bassam avec cet arsenal, principalement des AK47 ? Comment ils ont pu passer les mailles de la sécurité routière pour aller tirer sur de paisibles populations ?
Un tel procès est important, car il permet de connaître un peu le mode opératoire de pareille action terroriste, d’en savoir sur les commanditaires et les financiers, et pourquoi la Côte d’Ivoire «préservée» a pu être attaquée.
On peut peut-être se dire qu’on a mis du temps pour ce procès, car 6 ans c’est long, des pistes ont été effacées, beaucoup de choses ont bougé, car il aurait fallu juger ces hommes très rapidement, ce qui aurait permis peut-être de mettre la main sur d’autres terroristes ou de démanteler des cellules dormantes à Abidjan ou dans d’autres villes. Mais le temps judiciaire colle rarement avec le temps ordinaire !
Car au moment où s’est ouvert ce procès, la Côte d’Ivoire est maintenant dans le terrorisme, avec les équipées sanglantes de Kafolo le 10 juin 2020 et Téhini le 12 juin 2021 et même que tous les pays des côtes du Golfe de Guinée (Ghana, Togo et Bénin) sont dans la lorgnette des katibas terroristes en particulier le JNIM d’Iyad Ag Ghali.
Alors, un procès pour quoi faire in fine, surtout 6 ans après les faits ? C’est toujours bon dans un Etat de droit de faire régner la justice, et si la Côte d’Ivoire devait appliquer la loi du Talion, inventer par exemple une tentative d’évasion pour liquider ces 4 hommes, elle aurait «vengé» les 22 victimes, mais rien de plus. Alors qu’avec un procès, des infos recueillies et des condamnations, elle montre que ses forces de l’ordre ne sont pas des terroristes et qu’il y a une justice qui est là pour réprimer.
Maintenant, est-ce qu’un tel procès sera dissuasif sous réserve des «pépites d’info» et des peines ? Et en l’espèce si la Côte d’Ivoire et le Mali pouvaient collaborer judiciairement, ce procès aurait eu plus de retombés bénéfiques. Hélas, l’histoire des 46 militaires prisonniers à Bamako et les relations empoisonnées qui s’en sont suivies depuis juillet dernier empêche toute mission rogatoire pour auditionner par exemple, «Ibrahim 10», et de facto, minimise la sphère exploratoire qui aurait pu élargir le champ des renseignements qui seront recueillis, car il y a les 4 conjurés qui pourraient s’assimiler à des alevins, alors qu’un des gros poissons pourrait être l’embastillé de Bamako, en l’occurrence «Ibrahim 10», lequel détient sans doute une mine d’infos «source A». Mais ce procès de l’attentat de Grand-Bassam est à saluer néanmoins, car crimes riment toujours avec châtiments !
La REDACTION


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