Le Sénégal, les jours d’après émeutes : Entre justice et diplomatie souterraine pour conjurer les affres d’un nouveau embrasement

Le Sénégal, les jours d’après émeutes : Entre justice et diplomatie souterraine pour conjurer les affres d’un nouveau embrasement

Si Ousmane Sonko cherchait le pire pour s’auréoler de la toge de leader populaire, il l’a obtenu. Et si le pouvoir était en quête d’éviter toute violence, c’est raté ! Un week-end (1er, 2 et 3 juin) jonché de sang et de cadavres (16) et de blessés (500) et marqué par des arrestations, tout cela parce qu’un opposant a été condamné à 2 ans de prison ferme, il est vrai sur la base de chef d’accusation («corruption de la jeunesse») loin de ceux de «viols et menace de mort». Mais un Ousmane Sonko qui aura été machiavelien jusqu’au bout des ongles !

Calme plat, calme fourré, calme-minuterie, que celui observé depuis hier lundi 5 juin où Dakar était transformée en ville-escargot avec trafic clairsemé, boutiques, magasins et banques fermés, des distributeurs de billets de banque en panne ou manquant de liquidités, des essenceries sans jus ou closes… D’autres villes connaissent le même ralentissement.

Tandis que certaines artères telle l’avenue Roume menant à la Présidence est jalonnée de Forces de l’ordre. Idem à l’université Cheick Anta Diop où grenouillent policiers et gendarmes.

Quant au domicile d’Ousmane Sonko, où il est en résidence surveillée, ce sont selon certaines sources, des centaines de forces de l’ordre qui la  ceinturent bloquant tout passage y menant.

A ces spectacles de ville assiégée concernant la capitale sénégalaise, 5 jours après la condamnation du patron du PASTEF, fusent colère, tristesse et désir de justice, mais aussi d’en découdre.

La colère et la tristesse, c’est par exemple  Ibrahim Ba, ce père d’une des victimes, qui ne comprend pas pourquoi son fils a été tué par balles. Et nombreux sont d’autres parents qui pleurent leurs morts (16) tués à cause de la condamnation d’Ousmane Sonko, mais aussi des velléités de 3e mandat de Macky Sall.

Vœu tenace de justice chez ces parents endeuillés, légitime en pareil cas. Mais surtout le danger réel d’un affrontement entre partisans de Sonko et les Forces de l’ordre, mais aussi contre ceux du pouvoir. Le PASTEF, malgré la coupure de l’Internet Mobile, a appelé ses militants à la «résistance». Alors que le ministre de l’Intérieur dit de «défendre l’ordre public….contre les forces étrangères…qui sont derrière les manifestants pour déstabiliser le pays». Quant au ministre du Tourisme pour lequel Ousmane Sonko a été condamné à 2 mois de prison et 200 millions d’amende, il enjoint carrément la jeunesse à «faire face, quartier par quartier, commune par commune…».

On le constate, c’est un paysage avant bataille qui ne dit pas son nom, malgré les apparences calmes. Comment conjurer ce scénario du pire dans un Sénégal habitué pourtant aux joutes violentes pré et post-électorales, aux tentatives de 3e mandat, et à la dévolution même dynastique du pouvoir, mais qui n’avait jamais flirté avec un aussi grave danger, qui menace le vivre-ensemble ? Il existe 2 voies:

1) Par la justice : si Ousmane Sonko daigne accepter d’aller en prison pour purger sa peine. Ou tenter de demander un rejugement, hypothèse à écarter vu l’ampleur de l’escalade. A moins qu’une fois à Rebeuss, Macky Sall, bon prince, ne lui décerne l’amnistie, encore un scénario d’école.

2) Reste la diplomatie souterraine. Est-ce vrai que déjà il y a plusieurs jours de cela Emmanuel Macron et Joe Biden tentèrent de convaincre Macky Sall de faire le deuil de ce 3e mandat, quitte à lui trouver un point de chute ? Ce qui est certain, de nombreux dirigeants du monde suivent la situation au Sénégal, et essayent de calmer les ardeurs.

La diplomatie souterraine fonctionne à plein régime. Les USA, le Maroc, le Qatar tentent ainsi de trouver un modus vivendi au problème du pays de la Téranga. Le Qatar pourrait avoir l’oreille attentive de Sonko; sans oublier certains pays de l’UEMOA, notamment la Côte d’Ivoire avec Alassane Ouattara, très proche de Macky Sall qui s’enquiert régulièrement de la situation au Sénégal.  Ou même Umaro Sissoco Embalõ, bien qu’en pleines élections législatives regarde du côté du Sénégal, en tant que président en exercice de la CEDEAO et ayant des accointances avec Macky sall.

– Les tentatives intramuros sont aussi légion : il y a naturellement, les 2 grandes confréries maraboutiques, les Mourides de Touba et les Tidjanes de Tivaouane ! Très écoutés, les Serignes de ces 2 coteries ont aussi de l’influence sur la jeunesse, et sur les dirigeants politiques. Il y a également la Ligue des Imams et prédicateurs du Sénégal  lesquels invitent Macky Sall « à prendre la juste mesure de la gravité de la situation et d’user de toutes les prérogatives que lui confèrent le chef suprême de la Nation». Pourront-ils calmer les ardeurs ? Qui pour empêcher encore des violences au Sénégal ? Quelle solution viable pour ce pays à 7 mois d’une échéance plutôt pour le moment sous des augures conflictogènes ? 

La REDACTION

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