Week-end studieux et pour la CEDEAO et pour les nouveaux maîtres du Niger : il s’en est passé beaucoup de choses, à la vitesse grand V, lesquelles dépassent en propositions et en rapidité, les 3 semaines écoulées depuis le putsch du 26 juillet. L’histoire des peuples et des pays connaît ce genre d’accélération due aux circonstances et aux acteurs du moment.
D’abord, l’embellie depuis le yoyo entre le CNSP du Niger et la CEDEAO est la dernière médiation en date du 19 août 2023, au cours de laquelle les envoyés spéciaux ont pu s’entretenir avec le président du CNSP, le général Abdourhamane Tiani ce que de nombreux prédécesseurs n’ont pas pu, ensuite ils ont pu deviser avec le président Mohamed Bazoum en compagnie de premier ministre Zeine, ce qui a donné une image d’Epinal prise avec ce dernier dont le moral est toujours au zénith, selon ses visiteurs illustres. Mais comment oublier que 48 heures plus tôt, les chefs d’état-major des armées de la CEDEAO, ont tenu un 3e cénacle à Accra pour arrêter le jour et les modalités d’une toujours possible intervention si les putschistes renâclent à remettre le pouvoir au président Bazoum ?
Mais, le grand évènement est sans conteste, l’adresse à la Nation du général Tiani sur Télé-Sahel, la télévision nationale. Une sortie à l’endroit de ses compatriotes, de la CEDEAO, et des «ennemis du Niger».
D’emblée, le président du CNSP convoque un dialogue national inclusif, qui regroupera les «forces vives de la Nation, lesquelles s’attèleront à formuler des propositions concrètes devant conduire à définir les principes fondamentaux qui régiront la Transition».
Il s’agit ni plus, ni moins que d’une sorte de conférence nationale souveraine, qui devra au bout de 30 jours tracer les linéaments de ce que sera la Transition. Le général Tiani indique donc déjà le délai de cette consultation populaire, cet arbre à palabre, avant sa tenue, de même que sa durée, le CNSP est donc prêt au dialogue à condition qu’il s’inscrive dans les perspectives qui sont les siennes !
Deuxième axe fort du grand oral du général Tiani de ce 19 août : les priorités transitionnelles que devrait arrêter le dialogue national, notamment surtout le temps de ce pouvoir intermédiaire, que lui fixe déjà au maximum à … 3 années. En plus de ces 2 points essentiels, il met en garde la CEDEAO de ne pas tenter l’intervention, car le peuple nigérien fort de ses 26 millions d’âmes est un peuple de guerrier digne lignée d’une longue liste de résistants qu’il a égrené pour dire «qui s’y frotte, s’y pique» car «ce ne sera pas une promenade de santé à laquelle certains croient».
Déjà, des volontaires auxiliaires, sorte de succédanés des VDP du Burkina sont allés au stade Seyni Kountché pour s’enrôler contre les «envahisseurs». Le Burkina et le Mali survolent la frontière commune avec le Niger avec des aéronefs en rase mottes pour appuyer le CNSP au cas où.
On l’aura compris, le CNSP privilégie la diplomatie, mais fixe en avance les règles du jeu. Et en la matière, les militaires auraient voulu tirer le tapis sous les pieds de la CEDEAO, qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement.
Car la diplomatie à la sauce CEDEAO, elle-même si elle devait prévaloir passerait par la case Transition. Mais serait-ce une transition du même acabit ? Car à écouter le général Tiani, les militaires de Niamey sont partants pour une transition, mais laquelle ? Est-ce avec un premier ministre consensuel ? Avec une équipe gouvernementale issue des rangs de l’opposition et de la société civile ? Quant aux 3 ans, est-ce une barre mise pour pouvoir négocier et obtenir 2 ans ? Quel sort pour le président Bazoum ? Un exil sans doute avec des garanties de non-poursuites, ou va-t-on le juger pour l’accusation de «haute trahison» ? Le général Tiani met la CEDEAO devant un douloureux dilemme, de même, il gêne aux entournures une communauté internationale, laquelle depuis son discours, s’est claquemurée dans un silence bruyant.
Le général Tiani a dessiné le croquis d’une transition, les contours, et même un peu le contenu, à charge des Forces vives de la compléter. La solution négociée par l’organisation régionale peut-elle faire fi d’une telle solution ?
Cependant, à y regarder, la CEDEAO aura l’impression que les Forces vives ne se rassembleront que pour entériner une transition du cru CNSP. Ce qui n’est pas nouveau, le Mali, malgré les sanctions a imposé la sienne. Et ce qui énerve la CEDEAO, on le devine, c’est que si elle rejette cette transition mise sur la table par le CNSP, elle sera taxée de vouloir coûte que coûte autre chose ! Et même si transition version CEDEAO, il devait y avoir, ce sera forcément avec Tiani. Et que devient Bazoum dans tout ça ? Tout cale sur Tiani et Bazoum. Et voici une CEDEAO, piégée par les militaires du Niger, qui brandissent une transition et un arbre à palabre. Que va faire l’organisation sous-régionale ?
La REDACTION


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