Le ministre des Affaires étrangères du Sénégal Cheick Dieng a eu plus de chance, ou plutôt a été accepté par les militaires au pouvoir en Guinée Bissau, que les chefs d’état-major des armées de la CEDEAO, indésirables dans le pays.
Cheick Niang était discrètement ce 21 décembre à Bissau, où il a pu avoir un aparté avec le n°1 du pouvoir le Général Horta N’Tam, non sans avoir pris langue avec son homologue Joao Bernardo Vieira. Difficiles chassés croisés diplomatiques dans cette Guinée Bissau post coup d’Etat, où les militaires suite sommet des chefs d’Etat de la CEDEAO à Abuja, au cours duquel on a alterné discours et apaisement à l’égard de ceux qui ont renversé Embalo suite à cela se sont durcis envers l’organisation. C’est d’ailleurs une telle posture qui se résume à rendre le pouvoir à l’élu supposé Fernando Dias, qui a braqué le Général Horta et ses frères d’armes.
Finalité, ils ont refusé de recevoir les chefs d’état-major militaires de la CEDEAO, en laissant la porte entrebâillée, où est entré le patron de la diplomatie sénégalaise. Deux grilles de lecture se dégagent de la situation à Bissau :
1) Les soldats désormais maitres de Guinée Bissau ont modérément apprécié l’attitude d’une CEDEAO décriée qui essaie de se faire une image de crédibilité à travers un comportement approprié selon les circonstances, tout en essayant de respecter ses textes. Le principe cardinal qui proscrit tout coup d’Etat, principe cher à la CEDEAO est toujours valable. Mais voilà en Guinée Bissau, la messe est dite, le timing de la Transition est de 1 an selon les nouvelles autorités. Enjoindre de reculer et retourner dans les casernes, est un casus belli et la Guinée Bissau, brandit même la menace de quitter le navire CEDEAO comme l’ont fait les 3 pays de l’AES. Une menace qu’elle veut mettre à exécution, quoique cela lui en coutera.
2) Mais la CEDEAO a certes avec le cas du Bénin crée aussi une sorte de jurisprudence après le pataquès avec le Niger, où la CEDEAO s’est fourvoyée dans des menaces aussi désastreuses que repoussantes. Et elle est obligée de faire le grand écart avec les cas récents bissau-guinéens et béninois.
Ballotée entre intervention militaire, suspension et négociation la CEDEAO est au milieu de guet. Intervenir par cette Force en attente, dont 200 éléments ont le fusil en bandoulière à Cotonou, ou s’accommoder avec ces nouveaux pouvoirs tel est le choix qui turlupine l’institution sous régionale, rattrapée par une géopolitique impromptue. Avec l’exemple de l’AES, avec laquelle la CEDEAO est obligée de coopérer, la CEDEAO en même temps qu’elle est sur le gril, joue aussi son avenir.
Aujourd’hui au Faso


COMMENTAIRES