auteur de ses lignes peut dire que l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté de Guinée est un homme chaleureux, un peu affable mais toute urbanité, l’œil vif un peu malicieux qui vous fixe. En tout cas, c’est l’impression première qui s’est dégagée ce 19 mars 2006 au domicile de Boni Yayi au quartier Cadjeoun, au lendemain de la présidentielle béninoise.
Il y était avec les députés de la Francophonie. Nommer une telle personnalité pour être médiateur en chef de la CEDEAOAES, c’est du d i p l o m a t i q u e m e n t correct. C’est gage de l’institution sous régionale qu’elle ne désespère pas de voir le Mali-Burkina-Niger, revenir dans le giron de la Commission créée en 1975. Mais à y voir clairement, cette CEDEAO est en retard du point de vue analyse géopolitique. Pour plusieurs raisons dont les plus emblématiques sont : Le divorce est consommé ; La bagarre du début est en train de se tasser ; L’AES s’est éloignée des rivages de la CEDEAO ; Cap sur l’autonomisation de la Confédération ; Même au sein de cette CEDEAO, les différents chefs d’Etat n’ont plus le même jugement de l’AES. Alors, nommer un énième médiateur, même affublé du titre de chef, n’est pas synonyme d’une « réconciliation », a fortiori un retour des 3 pays à la CEDEAO. Si rétropédalage il devait y avoir, c’était aux présidents sénégalais et togolais de le réussir, or Diomaye Faye et Faure Gnassingbé, surtout ce dernier, bien qu’ils aient leur entrée dans l’AES ne sont pas parvenus à ne serait-ce qu’une paix des braves, il n’est pas certain que le Guinéen Lansana Kouyaté, pétri de qualités diplomatiques y réussira ! Pour l’AES, le format de la CEDEAO actuel, son fonctionnement, et surtout ses dirigeants sont stipendiés par des pays étrangers, notamment par la France pour laquelle elle exécute des ordres. Il y a ce « différend nigérien » si on peut l’appeler ainsi, dû au désir de la CEDEAO de débarquer des soldats en juillet 2023 pour rétablir le président Mohamed Bazoum. De nos jours, il y a une crise de confiance exacerbée entre les dirigeants de l’AES et la CEDEAO, et l’AES a les yeux rivés sur autre chose que cette CEDEAO n’est plus sa tasse de thé. A partir deu moment où il y a une sorte de coexistence mi- pacifique, mitendue ! Alors, que peut Lansana Kouyaté ? A vrai dire, pas grand-chose ! Il fera le tour des 3 pays, sera reçu, ira rendre compte à Abuja, mais faire bouger les lignes, on peut en douter. Non, Lansana Kouyaté part avec de lourds handicaps qui ne dépendent pas de lui, mais tout médiateur en l’espèce trainera comme un boulet au pied. Peutêtre se limitera-t-il à gérer les acquêts, acte après tout divorce, et à prôner ce voisinage toléré. Quand à dérider la méfiance voire la défiance AESCEDEAO, le temps n’est pas encore venu, mais il est possible que le miracle Lansana opère. C’est tout le mal qu’on souhaite à Kouyaté !
Aujourd’hui au Faso


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