Totalement libres, Laurent Gbagbo et son ‘’petit’’ Charles Blé Goudé ! Telle est la décision de la Chambre qui, à la majorité a opposé une fin de non-recevoir à la requête du procureur de maintenir les deux (2) personnalités ivoiriennes dans les liens de la privation de la liberté. L’acquittement la veille, le 15 janvier, pour eux, est donc confirmé même s’il est assorti d’un document signé par les deux, qui les astreint à revenir à la CPI en cas de besoin.
C’est l’épilogue d’un feuilleton politico-judiciaire sans fin débuté, il y a un peu plus de sept (7) ans et qui signe le 3e miracle politique pour Gbagbo de 2000 jusqu’à nos jours qu’on peut séquencer à trois (3) retours d’où il est sorti indemne de situations quasi-mortelles : – retour d’Italie le 20 septembre 2002, lors du coup d’Etat manqué des rebelles ; – retour de Linas-Marcoussis, le 26 janvier 2003 après la signature des Accords qui l’ont déculotté ; – enfin, retour très prochainement de la CPI après un septennat de bagne.
1) premier miracle : En ce 19 septembre 2002, alors que Laurent Gbagbo était en Italie et finissait des audiences avec le président et Silvio Berlusconi, s’apprêtant à s’entretenir le lendemain, avec le Pontife romain au Vatican, en Côte d’Ivoire, des croquants venus du Nord, marchaient sur Abidjan et font le coup de feu pour prendre le pouvoir. Ils sont repoussés par l’armée régulière aidée par la Licorne.
Dès le 20 septembre Gbagbo rentre au pays, en dépit de tous les risques, s’adresse à la télé à la Nation, brandit ses deux (2) ans de bilan, notamment le taux de croissance qui était négatif à son arrivée soit -2,3% et qui est passé à 0,9%, et le début de la mise en œuvre de l’assurance maladie universelle (AMU). Et reprend la main. Il est donc un survivant après une «élection calamiteuse» le terme est de lui et d’un coup d’Etat, qui maintiendra le pays divisé pendant huit (8) ans, et ce putsch manqué, le carapace car rares sont les chefs d’Etat, absents du pays, qui parviennent à renverser une telle équipée putschiste, préparée en pays voisin, ce coup d’Etat manqué l’auréole de l’étoffe de survivant.
2) Second miracle : 25 janvier 2003, sur l’Avenue Kleber à Linas-Marcoussis, en France, la table ronde censée aboutir à un modus vivendi, entre majorité, partis de l’opposition et rébellion aboutit en fait au dépouillement des prérogatives de Laurent Gbagbo, à qui l’on a voulu imposé un premier ministre, et surtout à qui on a humilié lors de cette réunion, tout en portant aux rues à l’époque, Guillaume Soro et sa suite. L’histoire veut que le représentant du FPI de l’époque, Affi N’Guessan à son retour à Abidjan, ait reçu une grosse baffe sur la joue de la part de Simone Gbagbo, pour avoir signé l’Accord de Marcoussis. Revenu en Côte d’Ivoire, Gbagbo encaissera les anacondas de Marcoussis en tapinois, sans broncher tout en se référant chaque fois aux clauses constitutionnelles, surtout celle qui interdit toute élection lorsque le pays est divisé… jusqu’en … 2010, année où il accepta le duel au sommet, avec la suite qu’on connaît.
3) Troisième miracle : cet acquittement et la libération à la CpI Envoyer Laurent Gbagbo à la CPI, réglait à l’époque un double problème, sécuritaire et politique, car nul doute, qu’au contraire de Simone Gbagbo, aucune prison en Côte d’Ivoire ne pouvait retenir pendant des années, l’ex-n°1 ivoirien et surtout pas sûr qu’un tribunal ivoirien pouvait le juger. Son absence calmait donc les ardeurs de ses militants de frontistes, surtout les va-t-en guerre, et fragilisait le FPI, come on le verra, dirigé par une dyarchie, jusqu’à présent. Mais qui aurait imaginé, que Gbagbo, ressortirait de la CPI vivant et libre, car son envoi devant cette juridiction universelle, s’apparentait à une montée sur le bûcher ? Entre le 29 novembre 2011 et ce 16 janvier 2019, il a lutté, a cru et est parvenu presqu’au bout à recouvrer la liberté.
Depuis 2000 et bien avant sous le parti unique, Gbagbo est un miraculé de la politique ivoirienne, un lutteur qui rappelle celle menée éphémèrement par Kragbé Gnagbé dont il s’est inspiré. Lui le 1er vrai opposant de Félix Houphouët-Boigny qui s’octroie, le titre «d’enfant de la démocratie», s’apprête sans doute, libéré de la CPI à mener son dernier combat, celui dont on espère qu’il ne sera pas de trop. Laurent Gbagbo ne peut avoir que la présidentielle de 2020 en ligne de mire.
Reste à savoir, s’il va réussir à reprendre ce qu’il a perdu en 2011, en somme quelle sera la prochaine kaléidoscope de Gbagbo dont la vie se confond à celle de la Côte d’Ivoire de ces quarante (40) dernières années. De Bruxelles sa prochaine destination à son plus que certain retour à Abidjan, l’histoire du miraculé de Gagnoa continue.
Zowenmanogo ZOUNGRANA


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