Le 30 octobre 2014, plusieurs milliers de Burkinabè descendaient dans les rues pour dire non à un pouvoir à vie via la modification de l’article 37, limitatif des mandats présidentiels. Malgré l’impressionnant dispositif sécuritaire pour empêcher la mobilisation, les manifestants partis de la Place de la Révolution parviendront à gagner l’Assemblée nationale où se les députés rassemblés devaient acter le déverrouillage de l’article querellé.
L’hémicycle est mis à sac, les insurgés mettent le cap sur la présidence où plusieurs victimes et blessés sont enregistrés. Le retrait du projet de loi incendiaire ne calme pas la tempête, les manifestations violentes se poursuivent et sous la pression de la rue, Blaise Compaoré démissionne et consacre la fin du pouvoir de la IV république. Il part aussitôt pour un exil qui dure depuis 7 ans.
Plusieurs facteurs ont précipité la chute de l’homme qui contrôlait la sous –région ouest africaine grâce à des méthodes peu catholiques. La longue lutte contre l’impunité, déclenchée après l’assassinat du journaliste Norbert Zongo en 1998, les multiples abus, les mutineries aigües de 2011, le ras le bol généralisé, l’entêtement d’un pouvoir vieillissant de passer la main ont été entre autres les agents déclencheurs de ce soulèvement que personne n’a vu venir. Après une transition difficile, le Burina Faso tient ses premières élections démocratiques en novembre 2015. Roch marc Christian Kaboré, ex-patron du Congrès pour la démocratique et le progrès (CDP) est élu au premier tour. Il est cueilli à froid en janvier 2016 par les attentats terroristes du Café cappuccino et du Splendid hôtel.
Sept ans après ce séisme politique qui a bouleversé la carte géopolitique sous régionale, le Burkina Faso sous le magistère de Roch Marc Christian Kaboré, tente tant bien que mal de se remettre sur orbite. La réouverture des dossiers emblématiques de crimes de sang et de crimes économiques ravive les espoirs. L’affaire Norbert Zongo est remise au gout du jour. Le dossier Thomas Sankara ressort des tiroirs après plus de trois décennies passées est de nouveau sur la table du Tribunal militaire. Depuis quelques jours, il connaît du reste, un début de jugement.
Après plus de soixante ans d’indépendance, le Burkina Faso, théâtre de brimades et d’injustices socio -politiques lance un processus de réconciliation nationale dont les assises sont prévues janvier 2022. Dans ce pays marqué par plusieurs crises politiques, la prochaine tenue de ce forum suscite de nombreux espoirs et attentes.
La septième célébration de ces évènements qui ont renversé le deus ex-machina politique du Burkina après 27 ans de règne aura permis d’ouvrir l’espace démocratique et les Burkinabè bénéficient de plus d’espace en termes de liberté d’expression et démocratique. L’une des boulets que traine le président Kaboré, reste sans conteste le dossier de l’insurrection populaire dont les victimes trainent les séquelles et meurtrissures depuis ces journées chaudes des 30 et 31 octobre 2014. Ce dossier est symptomatique des immenses défis et chantiers qui se dressent devant lui. Lors de cette commémoration, le locataire du palais de Kosyam a une fois de plus rendu hommage aux victimes de ces journées devenues historiques et appelé à l’union, mais force est de reconnaître que la déception a fini par gagner les cœurs de plusieurs insurgés de 2014 et de nombreux Burkinabè qui aspiraient à un mieux-être après l’ère Compaoré. Cette situation est d’autant plus aggravée par la dégradation croissante et avancé du climat sécuritaire nationale.
Jadis épargné, le pays est plus que jamais dans l’œil de cyclone de l’hydre terroriste. Des pans entiers du territoire national où les populations sont martyrisées et rançonnées sont sous coupe réglée de terroristes encore appelés hommes armés non identifiés (HANI). Comme les civils apeurés, les Forces armées nationales déployées sur le front subissent de lourdes pertes. De jour en jour, l’étau se resserre sur les grandes villes du pays et tout porte à croire que demain ne sera pas la veille. A quatre ans de la fin de son deuxième et ultime mandat, Roch Marc Christian Kaboré devra urgemment redressé la barque en activant les mécanismes qu’il faut pour redonner espoir à un peuple longtemps éprouvé et dont les aspirations peinent à être prise en compte dans la gouvernance.
Richard Sékoné


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