Aujourd’hui au Faso a 8 ans : Au fil d’insurrection, de coups d’Etat, Transitions  et mandats de trop…

Aujourd’hui au Faso a 8 ans : Au fil d’insurrection, de coups d’Etat, Transitions  et mandats de trop…

Brouhaha politique, marches, meetings recto-verso dans les stades sur fond de velléités de modification du crisogène article 37 de la Constitution. C’est sous un Burkina tumultueux qu’ont poussé les premiers vagissements d’Aujourd’hui au Faso, il y a 8 ans.

21 février 2014-21 février. 2022, cela fait 2867 jours que parait le dernier-né des quotidiens  burkinabè, de façon continue, sans qu’aucune édition ne soit loupée.

8 petites années, mais difficiles dans le contexte burkinabè, ou gagner même la bataille de la périodicité, est un parcours du combattant.

Métier ingrat, qu’il faut aimer avant d’embrasser. Aujourd’hui au Faso a été de toutes les friches de l’information nationale et internationale.  

Premiers signes d’une atmosphère de fin de règne, celle de Blaise Compaoré dès 2011 avec la mutinerie militaire, 2012 avec le congrès du CDP de mars qui mit les RSS dans l’antichambre de la retraite,  et le glas des 30 et 31 octobre 2014 qui charia tardivement les vents du printemps arabe, transformés en violent harmattan qui décoiffa le maitre absolu du Burkina des années 90 et 2000.

Une insurrection qui aggloméra tous les espoirs avant d’être phagocytée sous la transition par une pléthore d’organisations de la société civile, les fameuses OSC dont l’esprit de lucre était inversement proportionnel à celui du sacrifice qu’on veut consentir pour le pays. Transition qui derrière des atours sirupeux fut noyautée également, même si certains de ses aspects furent sauvés in extremis grâce à M’ba Michel son président!

Si les Burkinabè ont rongé leur frein durant 13 mois qu’a duré la transition, espérant que l’avènement de Roch Kaboré améliorerait les choses, le premier mandat fut tout sauf serein : attaques terroristes à gogo, grèves revolving, incivisme et manque de poigne. Certains y voyaient déjà une prime au laisser-aller. La faiblesse engendre le désordre qui conduit au délitement de l’Etat, et à la chute affirme Machiavel en substance.

La politique contemporaine, même dans les démocraties aseptisées occidentales est d’essence machiavélienne (pas machiavélique). Le MPP a-t-il oublié la trame du Prince toujours actuelle de nos jours ? Comment conquérir le pouvoir et le conserver ? C’est la raison de vivre d’un chef d’Etat élu, d’un député ou maire. Et même des putschistes 2.0 qui descendent de plus en plus dans l’arène en Afrique. Ensuite comment gérer le peuple pour qu’il ne se soulève pas ?

Insurrection, transition, putsch du général Gilbert Diendéré le 16 septembre 2015, élection de Roch en 2015 et réélection de ce dernier en 2020 et putsch du 24 janvier 2022. Présidentielles au Mali en 2018, en Guinée et en Côte d’Ivoire en 2020 qu’Aujoud’hui au Faso a couvertes avec des envoyés spéciaux.

Dans le rétroviseur du canard, c’est assurément un Burkina tumultueux et une sous-région agitée qui ont  noirci ses pages, ces 8 années.

Revoilà le pays comme à l’orée de 2015, encore en transition. Même s’il n’y a pas de similitudes entre le départ forcé de Blaise Compaoré et le pitoyable épilogue du 2nd mandat de Roch. Ou si : le premier a tenté un mandat autorisé par la Constitution (modification de l’art.37) mais refusé par les Burkinabè, il est vrai suscité par les politiques et autres adversaires de l’homme de Ziniaré. C’était celui de trop !

Le second Roch, aussi a débuté un deuxième mandat manifestement de trop, car sous les mêmes augures que le premier mandat: un terrorisme en crescendo, une mal-gouvernance et une lassitude de ses compatriotes. L’irruption de l’impromptu lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba à Kosyam, réchauffe une sorte de marronnier pour Aujourd’hui au Faso, étant donné que les putschistes  sont revenus, avec eux, les transitions élastiques et bientôt les élections dont l’utilité commence de plus en plus à etre posée à moins qu’on en change le format.

Ce sont des noces de coquelicot qui tombent avec 1 mois de pouvoir du MPSR, les militaires qui assument le pouvoir d’Etat, avec sa kyrielle d’interrogations.

L’enfant de Nakalbo peut-il se prévaloir d’avoir mis fin aux souffrances des Burkinabè ? Pas encore, peut-être si d’ici là le terrorisme venait à disparaitre ou à tout le moins devenir résiduel. Doit-on faire confiance au MPSR ? Oui à condition que des gages du nouveau pouvoir aillent dans ce sens, notamment par la question sécuritaire, un gouvernement compétent, des actions concrètes…

Des erreurs et des fautes, le MPSR en commettra, comme l’image de Ibrahima Maïga le jour de la prestation de serment. Mais il faut avancer et se dire aussi que ce coup d’Etat est la conséquence de l’incurie de dirigeants, lesquels ont gouverné par Facebook et réseaux sociaux, dont ils avaient une peur bleue. A sa décharge, Roch n’a jamais pu diriger tranquillement, mais il a aussi prêté le flanc avec son mantra de «président normal» alors que d’abord le Burkina Faso depuis 2014 n’était plus dans les normes, et ensuite être à la présidence du Faso élu avec le pouvoir suprême, parmi 20 millions de Burkinabè, n’a rien de normal, mais à la limite est divin! Ensuite cet attachement viscéral à certains amis qui sentaient le soufre, lesquels l’on conduit à sa chute, sont autant de raisons pour dire que ce second mandat de Roch était de trop.

Souhaitons que Damiba réussisse la Transition et qu’aux élections dans 1, 2 ou 3 ans (?), le peuple burkinabè, à l’image de Diogène-le-cynique, cherche le président élu, en plein jour, avec une lampe, un Périclès donc, pas un homme d’estrade ni un poisson-pilote qu’on veut transformer en homme d’Etat.

Aline Ariane BAMOUNI

Directrice de publication déléguée

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