Il y a 18 ans, alors trentenaire et tout puissant cornac des jeunes patriotes, Charles Blé Goudé, était à peu près à la même période en «tournée européenne … pour la réconciliation entre Ivoiriens». Depuis le samedi 26 novembre, le quinquagenaire qu’il est devenu, est de retour à Abidjan après son acquittement par la CPI en 2021, pour la même réconciliation comme son discours rassérénant à Yopougon au milieu de ses ouailles, sa participation hier 27 novembre à l’office religieux à l’Eglise Saint Jacques d’Abidjan et sa prochaine caravane de la paix à travers le pays, mais pas seulement.
Destin sinueux, escarpé, jonché de parcours d’un bretteur, partisan des adages puisés dans le bestiaire genre «quand on frappe le lézard, le margouillat doit se préparer … la poule ne pond pas ses œufs devant les gens …», Blé Goudé est le prototype même du filleul qui était prêt à tout pour son pygmalion politique, Laurent Gbagbo, même s’il s’est efforcé d’éffacer ce qu’on lui colle aux souliers d’être l’âme damnée ou la main armée de certaines basses besognes imputées à l’actuel président du PPA-CI.
A l’égard du président Alassane Ouattara, il en fut un farouche adversaire, brandissant à tous ses meetings enflammés devant des jeunes Ivoiriens chauffés à blancs, la non-ivoirité de Ouattara, affirmant qu’on «ne pouvait pas confier la Côte d’Ivoire à quelqu’un aux origines douteuses.» La France n’était pas aussi dans la grâce du trublion des années 2000, notamment l’ambassadeur Renaud Vignal.
Ironie du hasard, c’est le même Alassane Ouattara qu’il vilipendait jadis, qui lui a fait délivrer son passeport et avec qui il a négocié son retour et demandé une audience depuis les Pays-Bas. Un Ouattara qui est devenu son oncle, par translation puisque Gbagbo est le frère de Ouattara» et Gbagbo étant le père de Blé Goudé … Qui est fou ? En tout cas, une Simone Gbagbo, espère comme elle l’a dit hier à l’arrivée de Blé Goudé que ce «dernier laissera derrière lui tout ce qui est amertume, colère et frustration pour l’impératif de la réconciliation».
Judiciairement, l’attend en principe, une condamnation de 20 ans, pour laquelle, le président de la COJEP ne s’inquiète guère, espérant bénéficier de la même mansuétude que certains devanciers condamnés, et retournés sans avoir été amenés à la MACA. Même sa brève interpellation lors de l’escale d’Accra, au Ghana lui rappelle son statut judiciaire. Voilà Blé Goudé en Côte d’Ivoire donc !
Quelle réconciliation compte-t-il entonner après toutes ces années de brisure ? Car, quand-même la CPI l’aurait blanchi, Blé Goudé aux yeux d’Ivoiriens reste co-responsable de certains faits répréhensibles en 2010-2011.
Le madré Blé Goudé pointe déjà son come-back sans fanfare ni trompette, comme un début à cette paix des cœurs, qu’il appelle à présent de tous ses voeux car ce retour en sobriété (même avec le bain de foule) à la place CPI de Yopougon se veut selon lui comme un appel à taire tout ce qui divise.
Mais est-on certain que les autorités ivoiriennes auraient accepté un tel retour sous les flonflons et les hourras ? Comment compte-t-il «rattraper» certains langages qui ont causé du mal à des Ivoiriens ? Quelle toge de réconciliateur compte revêtir l’ex-général de la rue ? Alors que Blé Goudé parle de cette cohésion sociale, nombreux sont les Ivoiriens qui l’attendent sur le terrain politique. La conversion tardive du faucon en colombe, après un séjour au bagne de Scheveningen ne suffit pas à dissiper le fait que le président de la cojep fait avant tout de la politique. Il ne fait d’ailleurs pas mystère qu’il veut un jour être le président de la République de Côte d’Ivoire.
C’est donc un retour à la maison, mais aussi dans l’arène politique. Et la question qui fait polémique, voire qui divise est pour qui roule actuellement Blé Goudé ?
L’élégance et l’entregent du fils de Yabrayo font apparaître un difficile grand écart et des tours de tête tantôt à gauche, tantôt à droite ou en arrière au risque à la longue d’avoir un torticolis.
Pour parler «Gbè» comme les ioviriens : Bé Goudé a-t-il «trahi» Gbagbo pour Ouattara ? L’intéressé jure qu’il ne peut jamais être un Brutus pour celui avec qui il a partagé les dures réalités de la prison à la CPI. Ce crédo provoque au mieux de petits sourires narquois, au pire, quelques rictus ou carrément de la colère. Car selon la galaxie Gbagboiste, un deal lierait désormais le président de la COJEP à Ouattara qui pourrait l’utiliser contre l’opposition. Les contempteurs de Blé Goudé appuient leur argumentaire par le fait que la COJEP ait refusé de rejoindre la PPA-CI.
Mais tous ceux qui croient à un sabordage tacite de la COJEP dans le RHDP peuvent avoir tout faux. Car ce Goudé-là a plus d’un tour dans sa gibecière politique. Il connaît les eaux boueuses de la lagune Ebrié, et pourrait surprendre plus d’un en restant avec Gbagbo, choix naturel, ou en jouant sa propre carte. Conjectures quand tu nous tiens. L’intéressé, au-delà de ses réponses-évitement sait qu’il a autant d’amis que d’ennemis, et que la politique n’est pas le lieu de la félicité. Quel avenir politique pour Blé Goudé ? Il nous répondra d’ici quelques temps !
*Bienvenue en langue Bété


COMMENTAIRES