Hier dans l’après-midi, c’est un président togolais dans son costume de médiateur attitré de l’UA dans le conflit du Sud et Nord-Kivu, qui a atterri à Kinshasa (après un break à Luanda pour un passage de témoin de un briefing de la part de son devancier l’Angolais Joao Lourenço», pour son baptême de feu dans cette mission où il est en terre inconnue, la guerre dans la partie orientale est si complexe qu’il marche sur les œufs ! Dans la foulée, il a eu un tête-à-tête avec Félix Tshisekedi au palais de la Nation.
Premier voyage pour exécuter la tâche à lui confiée par l’UA, sous de bons auspices : il a l’oreille attentive de son homologue Félix Tshisekedi, et idem pour le Rwandais Paul Kagame.
Une posture qui constitue les 40 voire 50% des atouts d’un médiateur : sa neutralité ou plutôt son impartialité, c’est-à-dire être accepté par les protagonistes. Faure Gnassingbé, la possède. En outre, chapeauté par l’UA, le dirigeant togolais peut compter sur les 2 organisations sous-régionales qui suivent ce dossier de près, la SADC ET L’EAC dont les multiples sommets et conclaves ont accouché de résultats mitigés.
Accusées justement soit de rouler pour la RD Congo soit pour le Rwanda, SADC et EAC ne parviennent pas à s’accorder, ce qui a inhibé un peu l’impact des processus de Nairobi et de Luanda, avec une victime collatérale, le président angolais qui a dû jeter l’éponge sur cette affaire.
Faure Gnassingbé a en principe le soutien de ces 2 institutions, de la MONUSCO, de l’ONU…difficile d’avoir des planètes aussi bien alignées pour un tel job ! Et encore, avec l’externalisation de la médiation, Faure peut se targuer de n’être pas des Grands Lacs, mais de l’Afrique de l’Ouest. Un autre atout !
Le seul point qui lui reste pour faire la jonction est de suivre avec une attention d’orfèvre les coulisses de la diplomatie qatarie, laquelle a coiffé tout le monde au poteau et pris une certaine avance dans la recherche de la paix à l’Est de la RD Congo. Des voyages Lomé-Doha s’imposent d’ailleurs à Faure Gnassingbé pour écouter l’Emir Al Thani.
Dans cette médiation donc, le chef de l’Etat togolais a la baraka, mais attention au terrain fangeux et miné du Kivu ! C’est un conflit intermittent, vieux de plusieurs années avec des protagonistes qui se connaissent bien pour ne pas s’entendre.
Le M23, ce n’est rien d’autres que des Congolais rwandophones ou vice-versa, le génocide de 1994 exhale de ce conflit. Le patron de l’AFC, Corneille Nangaa et le président Félix Tshisekedi se connaissent bien, même s’ils sont aujourd’hui des ennemis.
Ça sent aussi les métaux précieux dans cette guerre notamment le cobalt, dont a besoin les grandes firmes qui fabriquent les téléphones portables. La géopolitique internationale est omniprésente dans ce dossier, même si on fait semblant de n’en a rien savoir.
Alors, quand le dirigeant d’un «petit » pays comme le Togo (c’est relatif) met le pied dans ce cambouis, il doit être comme le caméléon, jauger chaque fois le pas sur l’aspérité où il pose le pied, et c’est connu, la branche ne se casse jamais sous la patte de ce chaméléonidé. Faure devra en faire de même au Kivu !
Zowenmanogo Dieudonné ZOUNGRANA

COMMENTAIRES