Dans quel pays a-t-on vu le président-sortant annoncer sa candidature via un Twitte, n’informer ni les hiérarques du parti, encore moins les militants tartempions, ne pas convoquer un congrès d’investiture, ni même se donner la peine de battre vraiment campagne ? Et d’être quasiment certain d’être reconduit ? La réponse est facile : le Cameroun de Paul Barthélémy Biya évidemment ! C’est ce qu’a fait ce dernier le 9 juillet dernier, laissant tout simplement à ses affidés du RDPC se «débrouiller» pour qu’il soit confortablement élu le 7 octobre prochain. C’est que celui qui est à la tête du Cameroun, 86 hivernages, dont 36 assis sur le trône du palais d’Etoudi, connaît tellement le microsome politique, puisqu’opposants comme personnalités du pouvoir sont sa fabrication, il sait tout du marigot camerounais, qu’il a toujours considéré les élections comme une simple formalité.
Avec une machine à gagner, un Caterpillar broyeur qu’est le RDPC, rarement opposant aura réussi à contrer Biya dans ses envies d’interminable règne. Juste peut-on évoquer la présidentielle de 1992 où d’aucuns ont estimé qu’il a usurpé sa victoire avec 39% contre le chairman John Frun N’Di. Pour cette présidentielle du 7 octobre 2018, face aux huit adversaires, Paul Biya applique la même recette : pas de meeting tape-l’œil, pas de bains de foule trop voyants, peut-être continuera-t-il à éplucher ses dossiers au palais d’Etoudi, si ce n’est pas quelques virées dans son fief de MVomeka.
Encore qu’il soit possible qu’il se permette un séjour en Suisse, bref, le deux ex machina qui aurait pu donner du piquant à cette campagne, l’a rendue morose comme les précédentes. Dans cette fournée de huit prétendants, exceptés Joshua Osih, celui qui essaie de reprendre le flambeau de l’ex-totem du SDF, et de Maurice Kamto, du MRC, ex-ministre de la justice de Biya, les autres candidats n’en meneront pas large. Le seul aspect qui pourrait donner du relief à cette campagne qui s’annonce atone, est sans doute le reflux identitaire anglophone.
Les velléités sessionnistes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest récurrentes depuis plusieurs années sont symptomatiques d’un malaise profond. Du radical Conseil National du Sud Cameroun ( SNCC) à la nébuleuse république de l’Ambazonie les 22% de Camerounais qui le peuplent veulent le fédéralisme et entendent bien peser dans cette campagne. Même si l’on sait que 36 ans de règne auront permis à Paul Biya à coups de nominations de fils de la région, et de bâtons, de brider un mouvement que même l’ancien opposant teigneux, Frun N’Di n’aura pas réussi à faire aboutir. Campagne terne donc dans un Cameroun où tout part de Biya et retourne à Biya, jetant en même temps des lendemains d’incertitude pour l’après-Biya.
La Rédaction


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