Sale temps pour la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, qui est plus que jamais sur la brèche. Quinze jours après les dures sanctions qu’elle a infligées au Mali pour contraindre la junte à se plier sous ses injonctions, l’organisation sous régionale se trouve de nouveau face à une situation inattendue.
Le Burkina Faso, qui assurait jusque-là, la présidence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), après deux journées mouvementées par une mutinerie a aussi été l’objet d’un coup d’Etat. Ce coup de force qui a conduit à la démission de Roch Marc Christian Kaboré de son poste, condamné de part et d’autre, a déjà fait l’objet d’une condamnation de la commission de la CEDEAO qui a dans le même temps, annoncé la tenue d’un sommet extraordinaire sur la situation dans les prochains jours. Dans son communiqué, l’instance sous régionale estime que cette démission a été obtenue sous la menace, l’intimidation et la pression des militaires après deux jours de mutinerie.
«La CEDEAO condamne fermement ce coup de force des militaires qui marque un recul démocratique majeur au Burkina Faso. Elle note qu’en dépit des appels de la communauté régionale et internationale au calme et au respect de la légalité constitutionnelle, la situation au Burkina Faso est caractérisée par un coup d’état militaire le lundi 24 janvier, suite à la démission du Président Roch Kaboré», souligne le document.
C’est donc une nouvelle épine qui vient de se planter aux pieds des dirigeants de l’organisation ouest africaine. A la Guinée où le colonel Doumbouya, avance à pas graduels pour la mise en place d’une transition sans calendrier précis et au Mali, où la junte du colonel Goïta auréolée du soutien populaire, résiste aux pressions sous régionales, est venu se joindre le Burkina Faso après la prise du pouvoir par le lieutenant-colonel Paul Henri Damiba.
Quelle sera l’attitude de l’organisation face à cette nouvelle junte qui a pris les rênes du pays des hommes intègres ? La CEDEAO, va-t-elle de nouveau privilégier le bâton, en appuyant sur le bouton des sanctions, où va-t-elle envisager un changement de stratégie dans la gestion des putschs désormais de retour et en vogue dans son espace ?
Aujourd’hui, le dilemme est immense et les chefs d’Etat de l’instance régionale prompts à activer des sanctions après chaque intrusion de l’armée dans la vie politique, devront réfléchir par deux fois avant toute décision pour éviter d’exacerber le rejet et la vague de désapprobation dont elle va faire l’objet dans nombre de pays. Considérée de plus en plus comme un «syndicat» de chef d’Etats, où de caisse de résonnance de «l’impérialisme français», la CEDEAO vit des moments particuliers de son histoire. Et les derniers évènements politiques caractérisés par le retour des coups d’Etat dans son espace sont la preuve, si besoin en était encore, que les sanctions «dissuasives» contre les putschistes étaient improductives. L’organisation sous régionale devra donc procéder à une analyse profonde du contexte, en prêtant une oreille attentive aux populations, avant toute action, car plus le temps passe, elle s’éloigne des aspirations de ses peuples et porte de sérieux coups à sa survie. L’urgence commande donc, un changement de paradigme à la CEDEAO qui devra désormais poser des actes concrets pour se rabibocher des populations au risque de perdre définitivement le peu de crédit qui lui reste encore.
Davy Richard SEKONE


COMMENTAIRES