Rendre le tablier en catimini, et aller couler une retraite méritée à Tchaourou, son fief, c’est ce qu’a décidé le président THOMAS YAYI BONI, lequel a envoyé sa lettre de démission hier dans la matinée au siège des Démocrates, le principal parti de l’opposition au Bénin, et dont il tenait la tête depuis une décennie.
Fin de parcours d’un technocrate tombé dans le marigot politique, terminus d’un engagement, un capitaine quitte le pont politique après une trajectoire certes couronnée de succès, puisqu’il étrenna l’imperium par les urnes, mais marinant dans l’amertume, car le clap de fin fut tout sauf un succès. Les Démocrates de nos jours, c’est un parti sans députés, ni conseillers, et sûrement pas un président de la République puisqu’à la présidentielle du 12 avril prochain, RENAUD AGBODJO, le candidat des Démocrates, est out. Le parti se retrouve privé de personne munie d’un mandat électif.
Il est vrai, à la décharge des Démocrates et de YAYI, le président sortant PATRICE TALON a tout fait pour exclure toute opposition des joutes électorales. BONI YAYI part, traînant dans son sillage critiques et quolibets, car pour beaucoup, y compris dans son propre camp, il n’aura rien obtenu, en une décade, face à son successeur et adversaire. Des militants des Démocrates sont en prison dont RECKYA MADOUGOU qui purge une peine de 20 ans. Le dernier coup d’État le 7 décembre 2025 a émoussé tout ce qui restait de crédit au parti, puisque soupçonné d’y avoir pris part. D’ailleurs, le fils de BONI, CHABI YAYI, interpellé dans le cadre de ce putsch manqué et relâché, a aussi largué les amarres.
Curieux retournement de destin, car cette retraite de BONI YAYI ne peut aussi être lue dans son entièreté qu’en la joignant au parcours du président TALON. TALON a été porté aux nues économiquement par YAYI BONI, dans le domaine du coton. Les deux hommes se connaissaient déjà quand YAYI était patron de la BOAD. Puis TALON et son pygmalion politique et financier se seront brouillés et il y eut même une ténébreuse histoire de tentative d’empoisonnement, YAYI ayant accusé TALON d’avoir voulu lui faire ingurgiter du poison. Il aura fallu du temps, et entre-temps YAYI avait dit que TALON ne serait jamais élu président, un TALON qui connaît l’exil avant que la paix intervienne grâce à diverses médiations.
Avec le recul, c’est PATRICE TALON qui sort gagnant dans ce bras de fer qui n’a jamais véritablement cessé malgré les rires de façades et les paroles de paix. Le président des Démocrates laisse derrière lui un parti en lambeaux, avec des incertitudes comme lendemains, et nul ne sait, malgré la réunion de crise qui s’est tenue hier soir 4 mars et le congrès à venir, ce que deviendra ce parti d’opposition dans l’univers politique de TALON, que seul peut-être un BONI YAYI pouvait contrer. Son legs politique reste infime, car des Démocrates sans aucun élu et face à une plateforme présidentielle pouvoiriste de TALON, c’est véritablement la capilotade pour les Démocrates.
Aujourd’hui au Faso


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