Le sursis n’aura duré que 24 heures, le Premier ministre congolais Sylvestre Ilunga a été finalement défênestré ce mercredi 27 janvier. La motion de censure contre son gouvernement a été largement adoptée par 367 voix contre 7. On le sait, avant-hier, il était à Lubumbashi pour rencontrer son mentor Joseph Kabila malgré la bronca qui visait à le renverser à l’hémicycle. Pour des bisbilles autour du bureau provisoire et sur le quorum, sa tête qui était depuis longtemps sur le billot des députés n’est pas tombée ce jour. Répit dérisoire s’il en est, puisque hier, le couperet de la destitution est tombé. La tête de Sylvestre Ilunga a bien roulé à terre, in absentia ( à son absence). Une majorité des honorables députés du FCC et du CACH, a donc donné quitus pour guillotiner politiquement ce kabiliste indécrottable.
Les raisons officielles invoquées par les parlementaires pour justifier leur pouce retourné vers le sol, (signe de mise à mort dans les arènes romaines) ne manquent pas. Les honorables députés indexent l’incapacité de Ilunga à circonscrire l’insécurité, les massacres à l’Est, la corruption… Bref, un chapelet de griefs pour cautionner ce congédiement. Exit donc Sylvestre Ilunga. Place à un nouveau gouvernement qui sera mis en place, même si celui qui est tombé se dit prêt à venir répondre devant un bureau normal de l’hémicycle. Maigre consolation, puisqu’il a 24h, lui et ses ministres pour vider les lieux.
Lentement, méthodiquement et inéluctablement, Tshisekedi est en train d’habiter véritablement la fonction présidentielle. Qui aurait cru que le fils du ‘’Sphinx de Limite’’ qu’on a tendance, à tort, à comparer à son père allait étrenner un jour le mandat suprême ? Personne, il ya 2 ans ne vendait chère sa peau.
Qui aurait cru donc qu’en janvier 2019, ‘’Fatshi’’ aurait hérité de la présidence même si c’est par une alliance ou plutôt par un deal politique avec quelqu’un réputé être un redoutable animal politique, en l’occurrence, Joseph Kabila ? Beaucoup se gargarisaient sur ce président qu’ils qualifiaient de postiche, lequel céderait sa place en 2023 à Kabila. A deux ans et demi de cette échéance, le scénario Poutine-Medvedev commence à s’effilocher. Le fleuve Congo n’est pas la Mer noire. Moscou n’est pas Kinshassa. Dans ce pays-continent à la forêt luxuriante, la politique est aussi inextricable que les arbres et les buissons qui le tapissent. Une forêt très différente de la Toundra.
Place maintenant au travail de l’informateur, Modeste Bahati Lukwebo à qui échoit la tâche de trouver cette majorité pour faire l’union sacrée autour du président Félix Tshisekedi. Un informateur qui semble avoir fait le job. Grosso modo, on peut dire déjà que 40% de cette quête de la majorité est acquise. Désormais avec un parlement qui lui est favorable et bientôt un exécutif qui sera acquis à sa cause, il ne reste plus qu’à Félix Tshisekedi d’affiner les conditions de sa réélection pour 2023. Par un bilan à lui, puisqu’il pourrait ne plus avoir Kabila à ses trousses. Et le temps est en train de faire découvrir l’autre visage du natif de Léopoldville, à savoir celui d’un vrai manœuvrier politique quoique réputé jovial et conciliant
Idrissa TRAORE


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