L’heure (23h 30) à laquelle Roch s’est adressé à son peuple le 25 novembre peut paraître insolite et même inopérante tant la plupart de ses compatriotes étaient soit dans les bras de Morphée, soit dans des maquis ou gargotes. Pire, les journaux avaient bouclé, sauf la TNB (télévision nationale) et Omega Média qui visiblement, avaient été mises dans le secret, et même là, c’était loin d’être en prime time. Les quelques rares sites n’ont pas pu faire grand-chose en matières de relais et pour cause.
A cette erreur de timing s’est ajoutée la coupure du réseau mobile pour endiguer les rumeurs alarmistes et les intoxications, et privant de ce fait les Burkinabé de moyens de communication habituels, ce qui en a rajouté à l’ire et à la déception de plus d’un remonté contre un pouvoir accusé d’incapacité à circonscrire un terrorisme qui, depuis 2015, aura fait un carnage avec 2000 victimes parmi les Forces de l’ordre et les civils.
N’empêche, la tonalité du discours présidentiel était rassembleur, même s’il comporte un air du déjà entendu, notamment le «je vous ai compris» dit au lendemain du massacre de Solhan. Hors mis cela, il a indexé les maux qui expliquent les raisons qui ont rendu les populations furibondes que sont les dysfonctionnements dans l’armée, dossiers de crimes économiques et mal gouvernance, sentiment d’encerclement par les terroristes devant les FDS, mal dotées pour la riposte pour la sécurité nationale.
Si donc l’idée d’une conjuration ourdie à la faveur de ces attaques terroristes traverse toujours certains discours officiels, Roch s’est voulu apaisant, concret, mais ferme sur des mesures à prendre.
Sa sortie était d’abord pour dérider un Burkina Faso crispé en quasi apnée où les propos sentencieux le disputent aux certitudes sur un coup d’Etat ou remake du 31 octobre 2014. Roch voulait donc désamorcer la marche du 27 novembre.
Il fut à demi entendu, puisque 24 heures après les gaz lacrymogènes courses-poursuites, barrages et pneus brûlés et présence des Koglewéogo, ces justiciers de la brousse appelés à la rescousse par des commerçants pour sécuriser leurs boutiques contre d’éventuels pilleurs. Tous ces faits ont eu pour théâtres la place de la Nation, les alentours de la Bourse du Travail du siège du Fespaco et de l’Hôtel de ville dont les locaux ont été caillassés, œuvre d’un conglomérat d‘organisations de la société civile, lesquelles ont maintenu la manifestation en dépit de l’oukase du maire Armand Béouindé.
Le CFOF, sans y être, a donné officiellement, par la voix de son président Eddie Komboïgo, son soutien à la marche. Roch a promis de secouer le cocotier burkinabé en cette nuit du 25 novembre 2021, et il sait que le peuple ne peut plus se contenter de serments incantatoires et dès demain 30 novembre, on attend l’enquête administrative sur les dysfonctionnements d’Inata.
Roch doit résoudre fissa un triple sceau maudit qui tire le Burkina vers le bas. La terrible question criminogène avec les milliers de tués du terrorisme, de populations endeuillées, tétanisées et jetées sur les sentiers de réfugiés internes, en instaurant un gouvernement de combat avec pourquoi pas un premier ministre militaire ou à défaut un ministre militaire de guerre à part entière, car le pays est en guerre. Certes, c’est une guerre mais pas comme celle des pauvres qui a opposé en 1974 et 1985 le Mali et le Burkina, mais aussi en s’entourant pour cette équipe resserrée d’hommes compétents loyaux et qui ont le sens de l ‘Etat et du management. La conscription de 3 000 jeunes en 2022 pourrait même aller jusqu’à 5 000 car c’est la guerre.
Les pratiques corruptogènes et l’opération «Mains propres» seront scrutées aux binocles, car par exemple, lorsque le président sénégalais Macky Sall alerte Roch de remonter les bretelles de certains de ses ministres dont les investissements à Dakar sont trop gargantuesques et il n’en a rien été. C’est révoltant cette frénésie lucrative et boulimique consistant à planquer son grisbi et ses immeubles hors du Burkina au cas où … pourvu qu’on puisse franchir les frontières laissant le reste des populations burkinabè à un éternel recommencement tout en oubliant qu’il n’y a pas d’exil doré… encore qu’on peut ne pas pouvoir s’échapper… Sans compter certains qui crient misère avec le peuple (ça fait tendance) alors qu’ils se sont enrichis, mais font semblant…d’être des Job de la Bible.
Tous ceux qui seront reconnus coupables, le couperet doit tomber sans appel et sans regret.
L’anxiogénité est prégnante car le terroriste a pour finalité de semer la panique. Les populations au regard du caractère pourpre de notre carte, ont peur pour leur vie, l’avenir et pour le Burkina. Ces sentiments doivent cesser par le recul des terroristes donc par la récupération des zones occupées et le retour des milliers de déplacés à leurs lieux de résidence où ils ont laissé champs et greniers.
Le pouvoir du Burkina, pour ne pas dire le locataire de Kosyam a rencontré très tôt les assauts du destin dès le début de son premier mandat (attaques de Cappuccino) et ça continue 6 ans après, et encore les 2 S (référence au RSS) que sont Salif et Simon, considérés comme les hémisphères Nord et Sud du régime, se sont plus ou moins éloignés du R, (l’un est décédé l’autre un peu en retrait) Roch qui est et demeure l’âme du pouvoir MPP se retrouve seul à gouverner un ingouvernable Burkina post-insurrection, post-transition et terrorisé avec le tempérament qu’on lui connait .
Roch se sent aujourd’hui meurtri, blessé dans sa chair et bien qu’élu et réélu en 2015 et 2020, il a besoin de nos jours, de reconnaissance nationale. Il est à un tournant crucial de sa vie politique quarantenaire. Roch doit prendre les décisions les plus importantes de son histoire avec son peuple. Ni demi-décision ni contre-décision, mais un courageux arbitrage à vif.
Toutes ces considérations ne sont pas une excuse absolutoire pour le président du Faso, mais l’honnêteté intellectuelle et le pragmatisme inclinent à penser que demander le départ de Roch par coup d’Etat ou voie insurrectionnelle n’est pas la solution aux problèmes du Burkina. Ce sera un saut dans l’inconnu, dans des incertitudes pénibles et angoissantes. A lui de quitter le sentimentalisme et habiter totalement Kosyam, la fonction présidentielle/
La rédaction


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