L’affaire fait grand bruit depuis hier (jeudi 23 novembre 2023). L’ex-président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala Sakandé convoqué par l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC) pour être entendu le mercredi 22 novembre dernier, sur les conclusions de l’audit du parlement (sous son magistère) ne s’y est pas présenté. Ce rendez-vous manqué a laissé libre cours à toute sorte d’allégations. Pour certains, l’ex-occupant du perchoir aurait senti les choses et a tout simplement pris la poudre d’escampette, tandis que d’autres estiment qu’il est sorti du territoire national en bonne et due forme pour des soins médicaux.
Prévue donc le mercredi 22 novembre 2023 à 9 heures, l’audition n’a finalement pas eu lieu car Alassane Bala Sakandé, ne s’est pas présenté au siège de l’ASCE-LC pour répondre à une convocation qui lui a été délivrée aux fins d’audition. Selon les mêmes sources, il est resté injoignable au téléphone alors qu’avant de quitter le pays, il devait au préalable obtenir l’avis favorable des services d’immigration.
Dans une note d’information datée du mercredi 23 novembre 2023 adressée au procureur près le tribunal de grande instance de Ouaga 1, et en réponse à cette accusation de «fuite», les conseils de l’ex-chef du parlement burkinabè ont fait une mise au point sur la situation de leur client. Pour eux, Alassane Bala Sakandé s’est plutôt rendu à l’étranger pour des raisons médicales et se présentera dès que possible. «Comprenant que la finalité des auteurs du message soutenant que notre client a pris la poudre d’escampette est de vous convaincre d’émettre un mandat d’arrêt, ce pourquoi nous nous empressons de vous donner ces informations portées déjà à leur connaissance. Nous imaginons que cette démarche ne suffira pas à arrêter tout plan déjà conçu, mais au moins, elle éteint toute excuse que les raisons de non comparution de notre client n’étaient pas connues», peut-on lire dans cette correspondance adressée au procureur du Faso.
Dans une seconde correspondance adressée au contrôleur d’Etat chargé de l’intérim de l’ACSE-LC, signée du 21 novembre 2023, les avocats d’Alassane Bala Sakandé expliquent les raisons de cette absence. «Ce jour 21 novembre 2023, vos services nous ont appelé téléphoniquement pour s’entendre dire qu’ils ont déposé une convocation au domicile de notre client, Sakandé Bala Alassane, pour être entendu le 22 novembre 2022 à 9 heures, dans le cadre de l’audit de l’Assemblée nationale, mais qu’ils n’ont pas reçu de retour confirmatif de la transmission effective de la convocation à l’intéressé qu’ils tentent de joindre sans succès. En réaction, nous avons déclaré à vos collaborateurs que la famille de monsieur Sakandé Bala Alassane a bien reçu la convocation, mais que ce dernier est à l’étranger pour des raisons médicales et se présentera dès que possible. Nos interlocuteurs ayant souhaité que ces affirmations et déclarations soient soutenues par écrit, nous vous adressons le présent pour toute fin», explique ladite correspondance.
Notons que dans le cadre de cette affaire, deux ex-députés questeurs et des responsables financiers ont été alpagués et placés en garde à vue. En rappel, c’est le 9 mars 2023 que l’ASCE-LC a publié les rapports d’audit de la Présidence du Faso, de la Primature et de l’Assemblée nationale. La période concernée par ces audits allait de 2018-2021. Pour le compte de l’Assemblée nationale, l’organe de lutte contre la corruption a relevé des irrégularités dans la gestion portant sur un montant total de 13 milliards de francs CFA. Ces irrégularités portent sur des cas de surfacturations, de recours abusif à la procédure d’entente directe dans les passations de marchés publics, «la non-liquidations des pénalités de retard d’un montant cumulé de 313 039 311 francs CFA», des «paiements injustifiés ou pour lesquels aucune justification n’a été apportée» avec une incidence financière est de 7,9 milliards de francs CFA, des pertes de ressources publiques «consécutive à des dépôts de fonds dans une banque portant sur 12 099 000 000 francs CFA sans intérêt avec des frais de plus de 10 millions de francs CFA». La perte financière évaluée par le rapport est de 693 millions de francs CFA.
Avant cet audit, l’ex-chef du parlement burkinabè à travers ces avocats avait remis en question la compétence de l’ASCE-LC et saisi la justice pour demander l’annulation de la décision donnant compétence à l’ASCE-LC d’auditer la gestion du parlement. Mais cette saisine ne prospérera, car le 21 février 2023, Alassane Bala Sakandé sera débouté par la justice.


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