Elections municipales en Guinée : Alpha et la dernière pièce  du puzzle institutionnel

Elections municipales en Guinée : Alpha et la dernière pièce  du puzzle institutionnel

Budget électoral bouclé, avec 32 millions d’Euros dévolus à la CENI, soit 350 milliards de F guinéens, bulletins de vote acheminés dans toute l’étendue du territoire, décret présidentiel n°305 en date du 5 décembre 2017 convoquant le corps électoral le 4 février 2018.

Et les Guinéens dont les nerfs étaient gonflés à fleurs de vote par 12 ans d’attente, ne pouvaient qu’être prêts. Hier donc, jour ‘’j’’ 5,9 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes pour choisir parmi les 30 000 candidats dont 7 055 femmes, répartis sur 1300 listes de partis et coalitions politiques ou d’indépendants, leurs conseillers municipaux qui présideront aux destinées de 342 communes urbaines et rurales. Alpha Condé, dont les opposants ont longtemps accusé de faire du dilatoire pour repousser aux calandes guinéens ces votes, met ainsi fin à plus d’une décennie de tango sociopolitique et institutionnel, débuté en 2005, après le hold-up électoral du parti de Lassana Conté pour se terminer avec le remplacement des conseils forclos, par des militants des différents partis aux prorata des voix obtenues pour chaque formation politique, c’était après la présidentielle de 2015. «Aboutissement», «enfin», «ouf de soulagement» entend-t-on en chœur du côté du Bloc libéral de Faya Milimono, de l’UFR de Sidya Touré, ou du Renouveau de Bah Oury et de l’UFDG de Cellou Dalein Diallo. Mais si le déroulement des élections locales s’est fait dans un calme relatif, le problème immédiat demeure la centralisation des votes et la vigilance des présidents des commissions de centralisation. En fait, les résultats des bureaux de vote, sur lesquels doivent veiller les 224 magistrats reste l’une des batailles, de par l’insuffisance du nombre de ces juges, il en faudrait 342, et la méfiance qui a toujours entouré la publication des résultats en Guinée. D’où une CENI déjà en effervescence, et qui n’a toujours pas levé la rédhibitoire suspicion qu’elle serait stipendiée par le pouvoir. 5 présidents de l’administration électorale ont déjà été congédiés pour incompétence, partialité ou autre raison. L’actuel Me Salif Kébé, sait donc qu’il joue gros, car de l’acceptation des résultats provisoires, qu’il proclamera, dépendra l’atmosphère qui prévaudra dans les semaines à venir à Conakry, à Kankan, Labé, Kindia, ou à N’Zérékoré en Guinée forestière. Et aussi sa place à la tête de la CENI. Avec le prochain avènement de ces exécutifs locaux en lieu et place des boiteuses délégations spéciales, c’est la dernière pièce du puzzle institutionnel que le président Alpha Condé, met ainsi en place, c’est-à-dire la totalité de l’armature de l’Etat de droit. Mieux vaut tard que jamais, car en 2010, il avait quasiment hérité d’un Etat qui n’avait d’Etat que de nom, et le président Alpha, qui longtemps était dans l’opposition a pris d’abord du temps pour répertorier le carnet de commandes sociales, puis celles des réformes politiques et institutionnelles qu’il fallait opérer, pour faire quitter cette Guinée, qui a oscillé entre dictature et succession de pouvoir kaki vers un véritable Etat normal. A ce second bail, le locataire de Sékoutoureya a manifestement décidé d’arrimer le pays à la locomotive de l’Etat de droit. Auréolé de son passage à la tête de l’UA d’où il s’est beaucoup dépenser pour le continent, si ces élections municipales se concluent sans trop de heurts, on pourra alors porter un jugement plus tranché sur cet opposant au pouvoir. Sous réserve, de connaître les réelles intentions du camarade Alpha, concernant un éventuel troisième bail. 

Sam Chris

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