C’est un nouveau pavé qui vient d’être jeté dans les dunes sablonneuses du Mali. Moins d’une semaine après l’opération de sécurisation lancée par les Forces armées maliennes (FAMa) à Moura, localité du Centre du pays (située entre Djenné et Mopti), les premiers témoignages ne sont guère rassurants. Aux voix inaudibles de survivants et des témoins de ce qui s’apparente à un «massacre à grande échelle, est venue se greffer celle d’organisation de défense des Droits humains. Dans un rapport rendu public le mardi 5 avril 2022, Human Rights Watch affirme que des soldats maliens associés à des mercenaires étrangers ont exécuté sommairement 300 civils fin mars dans une localité du Centre du Mali. HRW enfonce le clou en affirmant qu’il s’agit du «pire épisode d’atrocités» commises depuis le déchaînement des violences dans le pays en 2012.
Le mot est lâché et les regards sont tournés vers Bamako qui n’a pas tardé à réagir. Pour le gouvernement malien (déjà sous les feux de la rampe et au ban des accusés de la Communauté sous régionale et internationale), les FAMa ont agi avec professionnalisme pour « mettre hors de combat une colonne de groupe terroriste». Pour l’armée, le but de ces allégations au niveau international est de saboter le travail des forces maliennes sur le terrain. «Les porteurs de ces informations infondées n’ont d’autres objectifs que de ternir l’image des FAMa résolument engagées dans la lutte pour la liberté, la sécurité et la protection de la population», dénonce le communiqué des FAMa.
Avant ce rapport «accablant», Amnesty International s’inquiétait des atrocités commises lors de cette opération qualifiée de salubrité publique par l’armée malienne et ses «partenaires russes». Le moins que l’on puisse dire, c’est que, Moura constitue (rien que par le bilan) une autre tache noire dans l’opération de reconquête du territoire lancée par le régime de la Transition avec l’appui des paramilitaires de «Wagner». Et il est clair que les démentis ne suffiront pas pour «blanchir» cette opération qui dégage une forte odeur d’atrocités. Comme le préconisent les organisations de défense des droits de l’homme, seule une enquête indépendante permettra d’élucider les dessous de cette opération de sécurisation controversée. Cela y va de son honneur. Du reste, pareille enquête pourrait être une aubaine pour clouer au pilori toutes les auteurs de ces «allégations».
L’appel de la directrice pour le Sahel de HRW favorable à l’ouverture urgente d’une enquête impartiale sera-t-il entendu ? Face à cette nouvelle charge, le pouvoir de Bamako très éprouvé par les sanctions économiques imposées depuis janvier dernier, va-t-il continuer à faire le dos rond ou va-t-il autorisé ? Rien n’est exclu et à y voir de près, le temps n’est pas l’allié du gouvernement malien. Il faut donc rapidement se décider !


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