Petit pays de quelque 3 millions d’âmes, le Qatar, fort de sa puissance économique, aurait tout fait pour être sous les projecteurs. Pari réussi. Cette Coupe du monde de football qui a tant fait jaser dès l’annonce de l’attribution, n’a certainement pas fini de faire parler d’elle. Classé en tête des Nations favorites par tous les spécialistes et les bookmakers du monde, le Brésil s’est vu dégommer par une Croatie conduite par un Luka Modric qui s’offre une nouvelle jeunesse à ce Mondial. Même le grand Carlos Ancelotti n’en revient pas. Lui qui présageait au Brésil un atterrissage en final sans encombre, du fait de la richesse exceptionnelle de son effectif. «L’équipe la plus complète dans tous les compartiments», comme il le qualifiait a fait ses valises, victime d’un coup de chaleur, à l’image du Portugal de Cristiano Ronaldo et de l’Angleterre d’Harry Kane.
Pendant ce temps, l’Afrique jubile à travers ses déserts, ses forêts denses, ses savanes, ses fleuves, ses rivières et ses monts. A ce sommet du football mondial, elle qui a presque toujours siégé en position de recevoir, peut enfin offrir. Du spectacle, du courage, de la maîtrise, du talent, bref le football africain à travers le Maroc, remet au goût du jour, sa soif d’affirmation. Dans cet élan de transcendance, c’est toute l’Afrique qui répond aux chants de Casablanca, à la danse de Rabat et aux youyous aigus de Marrakech.
Après un quart de finale validé pour la première fois de leur histoire, les Lions de l’Atlas ont poursuivi leur incursion dans les galeries glorieuses de dame coupe, en épinglant le scalpe de Cristiano Ronaldo et ses camarades sur leur tableau de chasse.
Portés par toute l’Afrique et le monde arabe qui ne s’est pas fait prier pour souscrire à un rêve par procuration, les Lions de l’Atlas, en plus des griffes et des crocs, se sont dotés d’ailes. Dans ce désert chaud où les proies sont insaisissables, les Lions tiennent fermement la leur et ne sont pas prêts à lâcher prise.
Toujours freinés au stade des quarts de finale, le football africain, sous sa crinière de lion conquérant, coaché par le compétent Walid Regragui, viennent de franchir un palier inédit qui le projette désormais sur la chaire mondiale du football. De ce piédestal qui offre aux Lions de l’Atlas une vue imprenable sur leur destin, comment ne pas rêver d’une étreinte avec dame coupe et subséquemment d’un retour triomphal dans le luxuriant palais royal de Rabat. Oui, rien, absolument rien n’empêche maintenant les Africains à travers l’équipe du royaume chérifien d’enlace Dame Coupe. A ce stade de la compétition, il n’y a plus de grande équipe et de cendrillon, toutes sont pareilles, et si le Brésil de Neymar s’est buté à la muraille croate, c’est que les poulains de Regragui peuvent songer à repartir avec la Coupe du monde. Bien sûr, Kilyan M’Bappé et les tricolores ne leur laisseront pas le faire facilement. Et cette demi-finale Maroc-France promet d’ailleurs des étincelles.
En effet, arrivée diminuée par les blessures, la France s’est extirpée non sans mérite, du piège des quarts de finale qui l’opposait à l’Angleterre. Un but d’Aurélien Tchouameni (17e mn), répondu par un penalty d’Harry Kane (53e mn), suivi à la 78e minute de la délivrance d’Olivier Girou, les champions du monde en titre continuent de feuilleter avec un brin de baraka et de douleur leurs pages bleues azures. L’horizon semble être dégagé pour l’acte final, sauf que le Coq devrait survoler l’Atlas. Didier Deschamps le sait, un vol à rase-motte peut être fatal dans ce match de demi-finale qui va opposer une équipe du continent africain, à une sélection de France représentative des tumultes historiques de l’Afrique. Devant les Lions bien installés dans leur jardin au Qatar et confiant que l’étoile est au bout de l’effort et du sacrifice collectif, le Coq bleu-blanc-rouge va devoir aiguiser son bec et dresser ses ergots. Bien plus qu’un match, cette demi-finale va se disputer sur la pelouse des contrastes, aussi bien heureux que pénibles. France-Maroc, le match avant le match de la finale de Qatar 2022 ?
Hamed JUNIOR


COMMENTAIRES