Quiconque fréquente les travées de l’hémicycle dakaroise sait que les débats sont denses, on pinaille sur des virgules, des incises ou adverbes, et même, il est arrivé qu’on en vienne hélas aux mains.
Ce samedi 5 août 2023, le projet de loi portant modification du code électoral qui permet à Karim Wade et Khalifa Sall, d’être candidats a été encore l’occasion de joutes oratoires entre députés de la majorité et ceux de l’opposition.
10 heures de palabre parlementaire et in fine 124 députés votent pour et un contre pour lever la «fatwa» pénale et civique qui frappait d’inéligibilité les «2 K» comme on les appelle au Sénégal, Karim et Khalifa. Tous deux avaient été marqués au fer rouge d’une condamnation de justice, qui les empêchait d’être électeurs et éligibles. «Nul ne peut refuser l’inscription sur les listes électorales aux personnes qui, frappées d’incapacité électorale à la suite d’une condamnation ou font l’objet d’une mesure d’amnistie ou de grâce».
Cet article L28 nouveau du code électoral ouvre largement les portes de la grande compétition de février 2024 au patron du PDS et à l’ex-maire de Dakar et président de Taxavu Sénégal. C’est un des acquis notoires du dialogue politique initié par le président Macky Sall en fin mai 2023. A cela, s’ajoute la baisse du nombre de parrainage requis qui passe de 0,8% à 0,6% du fichier électoral. La suppression de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CRIET) est aussi un grand point engrangé à cette palabre sénégalo-sénégalaise.
Mais, en faisant revenir ces 2 ex-proscrits du marigot sénégalais, le pouvoir fait baisser une tension, mais risque d’en faire monter une autre dans l’opposition. En effet, le cas d’Ousmane Sonko, qui a été condamné 2 fois, et qui est en prison, donc inéligible, et le retour en grâce dans le landerneau des «2 K » va diviser une opposition atteinte comme la plupart en Afrique de la maladie infantile qu’est la division.
Pour l’opposition, le pouvoir actuel manœuvre vaille que vaille à écarter son sérieux et redouble adversaire de la course présidentielle qu’est le président du PASTEF. Un Ousmane Sonko qui, même en prison, pense toujours à cette échéance chaque matin en se rasant.
Ses militants sont dans la même posture. Ainsi donc, les «2 K» reviennent, mais la présidentielle dans 6 mois ne sera pas pour autant un long fleuve tranquille. Outre, que c’est la première fois qu’un président sortant organise une élection à laquelle il n’est pas partant, les «2 K» troublent les eaux du fleuve Sénégal et avec le sortant non-candidat, il y a désormais une grosse part d’indétermination dans ce scrutin. Si on ajoute le cas Sonko, nul oracle ne peut prédire ce que sera cette présidentielle cruciale de février 2024.
La REDACTION


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