Maréchal Deby Itno, 30 ans au compteur : Le Tchad frappé par le syndrome de «l’homme fort»

Maréchal Deby Itno, 30 ans au compteur : Le Tchad frappé par le syndrome de «l’homme fort»

1er décembre 1990 : alors que son com’chef rentrait dans N’Ndjamena, son mentor, le président Hissène Habré, quittait la capitale, dans un avion dont les soutes étaient remplies de billets de banque, fruits de fric-fracs et rapines lors des derniers jours d’une fin de règne qui était inéluctable.

30 ans après, le militaire, le rezzou, le chef warrior qui est devenu vizir à la place du vizir s’est un peu assagi, mais reste le maître du Tchad, qu’il dirige d’une main de fer, dans un gant de fer.

Il a beau tenté de policer son règne, d’y mettre un brin de démocratie, la nature revient au galop. Les élections se suivent et se ressemblent, et même avec une opposition très teigneuse, Deby Itno tient, la barque grâce à sa baraka et à sa poigne.

Début avril 2018, par un tour de passe-passe, la IIIe République est abandonnée, et le Tchad bascule dans la IVe République avec une nouvelle constitution promulguée le 4 mai, laquelle loi fondamentale limite à 2 le nombre de bail présidentiel, d’une durée de 6 ans, et comme toute loi dispose pour l’avenir, la constitution toilettée prend effet en 2021.

Voici Deby Itno qui peut occuper son fauteuil jusqu’en 2033 ! Surtout qu’au passage le poste de premier ministre a été biffé. Deby avec désormais son parti le MPS véritable rouleau compresseur régente donc le Tchad comme bon lui semble.

Appuyé par une armée à lui acquise, car composée de Zaghawas, son ethnie, et ayant plusieurs fois échappé aux coups d’Etat, assassinats et coups de boutoir d’une opposition armée, Deby est un survivant, qui en a acquis les réflexes.

Avec une armée qu’on qualifie de la meilleure dans la sous-région, réputation non surfaite, puisque les militaires tchadiens l’ont prouvé au Mali, à la frontière nigérienne et sur d’autres champs de bataille, avec cette armée aguerrie, l’UA, l’UE et Paris ferment les yeux sur le déficit de démocratie dans le pays, et toutes les avanies que subissent les opposants.

Ce n’est pas sans raison que le QG de Barkhane se trouve au Tchad. Dans cette lutte contre le terrorisme, le Tchad est à la pointe, que ce soit contre Boko Haram ou les multiples katibas qui frappent le Sahel.

Cependant, il est de grands dangers qui guettent celui qui s’est fait bombarder Maréchal le 11 août dernier : la situation financière du pays, avec la chute du cours du brut, la fronde sociale et la pandémie de la Coivd-19. Même si la France et le FMI épaulent le pays, les bailleurs de Fonds exigent des réformes, pour élargir l’assiette fiscale. Réduire les dépenses de l’Etat et surtout, œuvrer à éviter la paralysie du Tchad. Car outre les questions de gouvernance, il y a les mouvements d’humeur dans sa région natale, de l’Ennedi avec élites et populations qui s’agitent. Evidemment, il y a l’usure du pouvoir, et 30 ans ça essore, même un guerrier de sa trempe. Le Tchad du coup se trouve frappé par le syndrome de «l’homme fort» du nom de tous ces présidents gagnés par le culte de l’indispensabilité, qui estiment que sans eux, le pays s’arrêtera de tourner. On sait ce qu’il advient toujours d’un tel pays qui en souffre. Mais pour le moment vive le Maréchal Deby !

Sam Chris

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