Massacre de civils dans la zone Nord du Mali : Désengagement progressif de Barkhane et défis sécuritaires au Sahel

Massacre de civils dans la zone Nord du Mali : Désengagement progressif de Barkhane et défis sécuritaires au Sahel

 Le bilan s’établit à une cinquantaine. Une horreur. Comme tant d’autres qui maculent le visage de la zone Sahel de l’Afrique depuis maintenant plusieurs années. A Karou, Ouatagouna, Dirga et Déoutéguef dans le Nord-Mali, des individus sans foi ni loi se sont promenés comme débroussailleurs dans un champ et ont tué à la volée. Tout est passé sous leurs armes : femmes, enfants, personne n’a été épargnée. Ils sont repartis, laissant rivière de sang derrière eux. Fiers de cette impie besogne ? Peut-être. Sans aucun doute. Comme les sicaires de Solhan au Burkina Faso il un peu plus de deux mois avec leurs 132 suppliciés, femmes et enfants compris.

Pour eux, c’est le prix à payer pour ces populations civiles qui ont osé collaborer avec l’armée malienne pour révéler des informations qui ont permis aux militaires maliens d’opérer contre eux. Du moins selon les premières analyses ce serait la rançon de «collabo». Cette affaire rappelle encore une autre tout aussi macabre, survenue au Burkina Faso et dont le nom évoque de très mauvais souvenirs dans l’esprit des Burkinabè : Sollé, en mai 2020. Des individus ont aussi ôté la vie  de populations sans armes et vulnérables en les accusant d’avoir commis le crime de collaborer avec les forces armées nationales.

Technique donc d’intimidation lâche qu’utilisent ces réîtres-terroristes pour tenter de faire asseoir leur autorité et pouvoir ainsi régner en maîtres sur ces territoires où les Etats ont du mal à  établir l’Etat ou de ce qui tient lieu  une sécurité pérenne et durable.

On a l’impression en effet que les forces armées n’ont pas la latitude d’assurer durablement la sécurité dans les zones vulnérables et susceptibles d’être attaquées par les forces de la terreur. En même temps, c’est difficile. Les armées africaines ne comptent pas dans chaque pays, des millions de soldats.  Ce qui du reste est impossible à réaliser ! Malheureusement, les outils technologiques qui devraient pallier le déficit du nombre sont encore balbutiants sur les dunes sahéliennes. Pas de couverture satellite, pas de drone capable de darder des yeux inquisiteurs sur les mouvements de l’ennemi, pas de couverture aérienne suffisante pour réagir au quart de tour. Il reste le ralliement terrestre.  Et les terroristes ont trouvé la bonne vieille technique qui consiste à miner les passages des possibles renforts.

Enfin, les services de renseignement ne sont pas toujours des plus efficaces. Et si le renseignement originel, les populations civiles, se sent désormais menacé, risque de payer sa collaboration par le prix du sang matérialisé par ces massacres odieux, il est évident que le cercle devient dangereusement et difficilement vicieux. Ces massacres surviennent et en effet au moment où les soldats de Barkhane font leurs paquetages, reformatage de cette OPEX sahélienne oblige et c’est si vrai de le dire, le G5 et les armées nationales doivent trouver la stratégie en tandem avec Takuba international en gestation pour circonscrire ces estocades sanglantes dans cette zone des 3 frontières ou Al-Saharaoui malgré les pertes et petites bérézina guerrières qu’il subit continue ave son EIGS à semer la mort. Dans cette frontière commune au Burkina-Mali-Niger, c’est le moment de «vérité» pour les armées nationales lesquelles si elles beneficieront toujours de Barkhane jusqu’en décembre prochain, doivent se préparer aux affrontements sans Barkhane dans son ancienne formule c’est-à-dire avec les 5 200 soldats français. Il y aura des Estoniens, des Tchèques, Italiens, Français dans Takuba mais depuis la mort du Maréchal Idriss Deby et la décision de Macron de se désengager du Sahel par la réduction des effectifs de la fille de Serval, le G5 Sahel doit de plus en plus être apte et se dire que ces ennemis de l’ombre vont essayer face au vide laissé par les Français d’occuper vite l’espace : c’est l’enjeu de ces tueries de masse au Burkina, Mali et Niger et c’est une priorité absolue pour ces pays de relever ce défi sécuritaire.

Et  il faut rompre la chaine. Il faut rassurer et sécuriser les populations. Il faut être prêt pour   la sécurisation pérenne en lieu et place des opérations coup de poing ponctuelles, qui ont apparemment plus l’avantage de faire fuir les poissons venimeux plutôt que de les anéantir. La sécurité des populations doit être permanente, car si celles-ci tournent casaque, ce sera un pis-aller puisque c’est vers elles que sont pointées de plus en plus  les armes des terroristes.

Ahmed BAMBARA

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