Annoncée pour débarquer à Bamako le 27 septembre dernier, c’est finalement hier jeudi 29 septembre 2022 que la mission de haut niveau de la CEDEAO, chargée de dénouer la crise diplomatique (née de l’affaire des 46 militaires ivoiriens détenus par le Mali) entre Abidjan et Bamako. Au lieu de trois chefs d’Etat, ils sont deux à fouler le sol malien.
Il s’agit du président gambien Adama Barrow et de son homologue ghanéen Nana Akufo-Addo. Arrivés séparément en milieu de journée, les deux émissaires de l’organisation sous régionale ont mis le cap sur la présidence malienne où les attendait le maître des lieux, le colonel Assimi Goïta. Initialement annoncé, le président togolais, Faure Gnassingbé ne sera pas de cette rencontre. Considéré comme un des rares chefs d’Etat de la sous-région à être en bon termes avec les militaires de Bamako, Faure Gnassingbé a fait faux bond et s’est fait représenter par son chef de la diplomatie Robert Dussey. Que cache, cette rebuffade du président togolais dont la présence aurait pu peser dans la balance des discussions avec les autorités maliennes ?
Sans faire offense à son ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey qui a multiplié les allers et retours entre Lomé-Bamako et Abidjan, dans le cadre de cette affaire et obtenu la libération des trois soldates ivoiriennes, le 3 septembre dernier, sans Faure Gnassingbé, cette mission s’annonce difficile et périlleuse.
Si depuis l’incident, Abidjan tente de jouer la carte de la diplomatie et de la négociation, Bamako est passée à une vitesse supérieure en faisant de la libération des désormais 46 soldats un objet de marchandage et d’échange contre des ex-dignitaires du régime IBK en exil en Eburnie. Accusés de mercenaires, «venus attenter à la sûreté de l’Etat malien», le sort des soldats ivoiriens tient désormais au désidérata des colonels au pouvoir au Mali déterminés à jouer la carte à fond. Les positions sont donc plus que tranchées et il va falloir du tact aux émissaires de la CEDEAO pour les rapprocher. Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir les derniers messages et déclarations des autorités maliennes qui semblent avoir opté pour les diatribes et le bras de fer avec certains de leurs voisins. Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire, Mohamed Bazoum en ont pris pour leur grade, lors du passage du premier ministre malien par intérim à la tribune de l’ONU, le week-end écoulé. La folle diatribe du colonel Abdoulaye Maïga n’a épargné aucun de ces présidents que Bamako considère comme hostiles à sa cause. Il est clair donc, que la CEDEAO n’est pas la bienvenue.
Du reste, en imposant déjà le calendrier de cette mission de bons offices, les autorités maliennes marquent leur territoire et prennent les devants dans le bras de fer qu’elles comptent instaurer avec l’organisation. D’ores et déjà, en se désolidarisant des «sanctions» prises contre la junte guinéenne, Bamako renvoie certes l’ascenseur à Conakry mais envoie un signal à l’organisation sous régionale. Ce n’est donc pas en terrain conquis qu’ont atterri les présidents Barrow et Akufo-Addo, ils devront sortir le grand jeu pour convaincre Assimi Goïta et ses «frères d’armes» de lâcher enfin du lest.
Davy Richard SEKONE


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