Naissance du PPA-CI : Gbagbo ou le choix de mourir de la politique

Naissance du PPA-CI : Gbagbo ou le choix de mourir de la politique

Après avoir tenté de pacifier son serail nuptial et politique, divorce avec Simone et reprise du FPI chez Affi N’Guessan, Laurent Gbagbo a finalement décidé de s’éloigner d’une partie de son gynécée, en même temps qu’il délaissait l’enveloppe de la formation frontiste à son ex-premier ministre pour garder la lettre, et cheminer en couple avec Nandy Bamba. C’est ainsi qu’il a lancé sa formation politique pour ce qui ressemble à l’ultime combat de sa vie : la présidentielle de 2025.

Place à son dernier baroud politique : voici venues les heures du Parti des peuples africains de Côte d’Ivoire (PPA-CI), nouvel appareil dont Gbagbo s’est doté ce week-end (16-17 octobre).

1 600 délégués dans une cuvette du Palais des congrès de SOFITEL Hôtel Ivoire pour se pencher sur le berceau de ce nouveau bébé de l’affranchi de la CPI lequel a rejoint Abidjan le 17 juin dernier : Gbagbo. Un nouveau parti, pourquoi faire ? Non seulement le président du congrès du PPA-CI Sébastien-Dano Djédjé s’en est expliqué, tablant sur une gauche qui a encore beaucoup à apporter pour la Côte d’Ivoire mais surtout un Laurent Gbagbo qui veut poser des actes panafricanistes et de souveraineté pour les peuples africains. Justin Koné Katina le patron de la commission communication ne dit pas autre chose, en expliquant que non seulement même si Gbagbo avait récupéré le FPI, une reconstruction du parti s’imposait après les multiples crises qui l’ont secoué. «Gbagbo est un homme heureux de pouvoir finalement mettre sur pied le PPA-CI», a lâché Koné Katina.

Et heureux l’ancien pensionnaire de la CPI l’était hier, lorsqu’il a prononcé le discours actant la venue dans le landerneau politique ivoirien du PPA-CI. Pavoisant, tantôt badin, et surtout sérieux, et ce pendant 1 heure Gbagbo a tenu les congressistes en haleine, et a eu encore son heure de gloire après celle du 17 juin dernier lors de son retour à Abidjan après son acquittement.

Hommage aux compagnons disparus, surtout à son alter ego Abdramane Sangaré, et tous ceux qui sont morts pour la cause que lui défend. Vient enfin ce que tout le monde attendait : Gbagbo et la politique, c’est comme cul et chemise. «Pourquoi vous voulez m’imposer maintenant que j’ai 76 ans un calendrier politique dans ma vie» ? Et tantinet biblique il assène «ce que vous n’avez pas fait, vous voulez le défaire». Le miel du discours ? Gbagbo avoue que la politique c’est son kérosène, son carburant et seule la grande Faucheuse pourra mettre fin à ce qui est presque inscrit dans son ADN. Tous ceux qui estimaient que Gbagbo guigne 2025, ont donc trouvé vrai, car il a beau tenté être subliminal, ou de faire de l’évitement, en évoquant la délicate question de la relève, des bouts de phrases tels «y a des gens plus vieux que moi qui font la politique… j’ai déjà dirigé un parti, j’ai déjà dirigé un Etat, je n’ai plus rien à démontrer, mais j’ai décidé que je partirai, mais pas brusquement» de tels verbatim Gbagboistes trahissent une farouche volonté d’être candidat en 2025, en toisant parexemple le président Ouattara.

Même si Gbagbo s’est contenu, on a senti affleuré l’animal politique, qui veut sa revanche, qui n’a pas digéré les 10 ans de présence à la prison de La Haye, un Gbagbo, prêt à en découdre pour retrouver le fauteuil présidentiel. Sinon il aurait pu confier le PPA-CI à un plus jeune dès hier 17 octibre, dans l’optique de 2025 ! La retraite politique ? Laurent Gbagbo ne connait ! Et aussi apparemment le passage de témoin ! L’âge du capitaine ? Gbagbo s’en moque peut-être mais dans 4 ans, il aura 80 ans. C’est l’âge où même si l’on est un cas pathologique de bonne santé, ce n’est pas évident qu’on est apte à battre une éreintante campagne électorale, et même vainqueur, à exercer la fonction suprême.

La logique biologique donc, mais il y a même la logique politique : on ne peut pas faire son temps et celui de ses fils. Gbagbo, Bédié et Ouattara doivent se retirer et laisser les poulains de leurs écuries se jauger politiquement. Peut-être que la Loi qu’on veut introduire à l’hémicycle pour limiter l’âge plafond à 75 ans les dissuadera. Quasiment tous des octogénaires, depuis 30 ans la Côte d’ivoire semble ne tourner qu’autour d’eux, souvent avec des conséquences dramatiques.

Moralité : PPA-CI, bonne parade contre Affi N’Guessan, et nouvelles perspectives pour les militants panafricains, mais avec un Gbagbo comme l’âme du parti, personnalité iconique, qu’on consulte, qui peut même donner des directives, mais non plus jouer les premiers rôles. Il faut savoir quitter les choses avant que les choses ne vous quittent. Gbagbo, l’historien devrait le savoir.

Sam CHRIS

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