Le philosophe avec son esprit de mise en doute dit au sujet du temps « Si Dieu existe qu’il me tue hier », le religieux évoque un Dieu intemporel, hors du temps, lequel n’a ni commencement, ni fin …
Et pourtant, l’univers est héraclitéen … le temps qu’il fait, les saisons, les enfants qui grandissent, l’homme gagné par la thermodynamique, même sans maladie, il y a l’entropie et la néguentropie. Il nait grandit, vieillit et meurt. ! Il y a bien quelque chose qui s’écoule : montres chronographes, grandes horloges… Et puis, il y a enfin les évènements qui passent.
Il y a 12 ans un quotidien commençait à cancaner, c’était le 21 février 2014 : Aujourd’hui au Faso. Que d’évènements qui ont noirci ses pages, et rempli son site !
Les Frankenstein politiques qui se sont extirpés au Burkina Faso, l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre, les grèves, la transition, les procès…
Aujourd’hui au Faso a été cet historien du présent dans ce Burkina Faso, qui aura connu moult convulsions. Depuis ces 3 dernières années, le journal relaie et soutient la dynamique du « Burkindlim », néologisme du cru national renvoyant à la probité et à la souveraineté auxquelles son initiateur le Sankarisant Capitaine Ibrahim Traoré a ajouté un salto de refondation !
Noces de soie donc ! Et pourtant, la vie du journal ne va pas de soi, et même est devenue rugueuse. En regardant dans le miroir rétrospectif, nous répétons cette antienne : Aujourd’hui au Faso a brûlé sa part de poudre dans l’univers médiatique burkinabè. Il y a joué sa partition dans le fatras de médias.
Bousculé, titillé « par le 5e pouvoir », les réseaux sociaux comme tant d’autres confrères, le journal a pourtant toujours été au rendez-vous avec son lectorat et ses rares annonceurs (numérique comme papier).
Mais depuis un certain temps, la précarité financière, les factures impayées (quand bien même ces factures seraient payées hic and nunc les dégâts sont incommensurables), la disparition des annonces et pub, les coûts des intrants, les Impôts, la CNSS, les banques, et tous les fournisseurs font que ce sacerdoce qu’est le journalisme, sans deniers de culte bien sûr, un interminable chemin de croix, tous handicapants les uns que les autres. Déjà, il y a 5 années de cela, nous avons évoqué les pistes du mécénat pour sauver une presse qui se meurt. On dira que ce darwinisme médiatique est mondial, vrai en partie, car ici au Faso, le print a toujours de beaux jours.
Et au Burkina Faso, il suffit d’un minimum pour que les médias fonctionnent (paiement des factures, un peu d’annonce et fiscalité adaptée).
Durant des mois, Aujourd’hui au Faso s’est agrippé à cette proue qu ‘on appelle résilience, endossant la tunique du VDP du clavier, slalomant entre cette misère pécuniaire, les pressions et sommations bancaires, fiscales et autres. Fonctionnant même avec des expédiants, à peine ne tend-t-on pas la sébile frôlant donc ce « journalisme de misère » dont parlait tant le doyen Mahamoudou Ouédraogo. Mais toujours cette foi en bandoulière que ce service public que fait la presse privée mérite des sacrifices.
Convaincu également que dans l’histoire des pays comme des petites « boites » comme Aujourd’hui au Faso, les naufrages frappent ceux qui restent à quai, pas ceux qui affrontent houles et tempêtes sauf si un Triangle des Bermudes ou un Cap Horn se présente !
Sur cette proue, nous avons cru lire Fluctuat nec mergitur (submergé par les eaux mais ne coule pas), hélas il arrive fréquemment de l’eau à bâbord. Encore une fois, c’est vers ce mouton à 5 pattes, le mécénat qu’Aujourd’hui au Faso se tourne, s’il en existe en ces temps de sécheresse financière. Tout comme la vertueuse et sage Alcmène, Aujourd’hui au Faso implore Mercure le dieu des journalistes. Puisse -t-il provoque le miracle afin que le seul chant que le canard puisse sériner ne soit pas celui du cygne.
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
Directeur de publication
Chevalier de l’Ordre National


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