Élection trompe-l’œil pour timonier roué en Ouganda tel est résumé la présidentielle qui s’est déroulé hier 15 janvier dans ce pays qui n’a connu en 40 ans qu’un seul président Yoweri Museveni âgé de 81 ans ! Un vote cadenassé du début à la fin du processus qui consacrera le 7e mandat du sortant qui n’a en face que le très populaire chanteur du ragamuffin Bobi Wine dont c’est la 2e tentative après celle de 2021.
Répressions, violences, emprisonnement des opposants dont son ex toubib personnel Dr Bisigue et surtout son poil à gratter Bobi Wine, deux modifications de la constitution pour biffer la mention du corset de la limitation des baux et de l’âge plafond présidentiel tout a été campé pour que l’indispensabilité de l’ex marxiste- léniniste reconverti aux vertus de la pseudo- démocratie reste ad vitam æternam au pouvoir !
Bobi Wine peut-il mettre un terme à cet interminable règne par les isoloirs ? En tout cas, pas ce coup-ci car tout comme à son premier essai celui que les Ougandais appellent « le président du Ghetto » est très populaire et proche de la majorité de ses compatriotes par l’âge ( il a 43 ans ) et surtout nourri les mêmes aspirations de changement mais ces atouts ou qualités ne suffisent pas face au parti-Etat le MRN et son indéboulonnable président ! Tout comme en 2021, Internet a été coupé et l’atmosphère est électrique . Et la menace sur Bobi Wine prégnante, la preuve il a battu campagne avec un gilet pare-brise balles et un casque de protection vissé sur la tête .
Pas non plus d’observateurs UE ou UA et quand bien même l’élection aurait été transparente et libre il n’ est pas évident que Bobi Wine serait oint par les Ougandais . Et ce, malgré le ras- le – bol de près de 80% de la population à l’égard de ce régime sclérosé pour quelques raisons notamment qu’en dépit de sa notoriété beaucoup estiment que Bobi Wine n’a pas la capacité de gouverner. Comme s’il y a une école pour président surtout si on est élu . Ensuite, Yoweri Museveni ressert en 2025 son atout cœur : il a apporté et maintenu la paix en Ouganda pays longtemps en guerre notamment les années de braise avec l’illuminé Joseph Kony. Enfin, même si la bienveillance des Occidentaux et des Américains à l’égard de Museveni s’est émoussée, elle est toujours là malgré les critiques.
Alors, du coup l’enjeu de cette élection réside bien sûr comme le dit Museveni lui-même dans « la protection des acquis » mais l’enjeu majeur est l’après Museveni.
Et pas besoin d’arpenter les couloirs du pouvoir ougandais pour savoir que c’est le projet Muhoozi Kainerugaba le fils de Museveni et patron de l’armée qui est toujours dans les tuyaux. Depuis près de 10 ans qu’on parle de cette succession filiale et ce 7e mandat qui se profile à l’horizon est celui du changement générationnel ou plutôt du passage de témoin au fils .
Le projet Muhoozi est -il viable ? Oui et non . Oui parce qu’il est le fils du chef de l’Etat, commande l’armée et Museveni est tantôt accommodant tantôt méfiant envers son général de fils dont les foucades sur les réseaux sociaux défraient souvent la chronique : menace de décapiter l’opposition ou d’envahir le Kenya par exemple. Non, car les sorties de piste de Moohizi font sérieusement peser le doute sur sa capacité à reprendre le sceptre du père.
Ce 7e mandat sera celui de la succession soit par le fils, carte que tient en main Museveni ou une surprise que le « Bismarck de l’Afrique centrale » autre sobriquet dont est affublé Museveni par les Occidentaux, soit une surprise donc qu’il sortira de son éternel chapeau.
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana


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