Présidentielles en Guinée et en Côte d’Ivoire : Aux urnes, Ivoiriens et Guinéens… sans peur?

Présidentielles en Guinée et en Côte d’Ivoire : Aux urnes, Ivoiriens et Guinéens… sans peur?

La Guinée-Conakry et la Côte d’Ivoire ont un dénominateur commun. C’est connu. C’est la fameuse et brûlante question du troisième mandat à la tête de la nation. Les présidents Alpha Condé et Alassane Ouattara ont une même soif : briguer, quoi qu’il arrive, un autre bail dans le confortable et moelleux fauteuil présidentiel. Ce ne sont pas les arguments qui leur manquent. Ils peuvent être discutés, ils sont peut-être éculés. Mais les deux chefs d’Etat n’en ont cure. Mordicus, la corde de leur arc est bandée vers le seul et même but. Et leur détermination est affirmée pour faire face aux obstacles qui se sont érigés, se dressent ou vont s’installer, contre eux à travers les actions de leurs oppositions respectives.

En Guinée-Conakry, le FNDC faisait craindre une envolée  de violences dont l’issue s’annonçait immanquablement pas très belle à voir. Toutefois, Cellou Dalein Diallo, l’homme politique qui est en train de vouloir détrôner Alpha Condé de son titre d’opposant historique, a posé un acte qui a fissuré le mur de la forteresse qui s’élevait contre le vœu de troisième mandat du président guinéen.

En décidant de se présenter à la présidentielle, Dalein Diallo  a jeté un pavé dans la mare. Et de fait, à la bataille, l’opposition s’élance en désordre. Ce qui assurément, va faire l’affaire de son vis-à-vis. L’UFDG est force fédérative et son absence sur le champ de bataille va entraîner une cassure évidente. On le devinait plus ou moins confusément, la défection, puisque c‘est de cela qu’il s’agit, la défection de Cellou Dalein Diallo a porté un coup à la coalition du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). Non pas que les Sidya Touré, Lassana Kouayaté et Cie n’ont pas de partisans, mais l’UFDG restait le principal vivier de ce rassemblement anti-3e mandat pour ne pas dire anti-Alpha Condé. En tournant casaque à quelque 1 mois et poussière de l’échéance électorale, pour déposer son dossier de candidature, Dallein, certes use de son droit le plus absolu, la liberté de choisir, mais aussi laisse apparaître cette guérilla politique individuelle qu’il mène cotre Condé, depuis des années mais vu de l’opposition, ce retournement de veste est une «trahison» de la cause. Même si l’on comprend aussi, que Dalein ne veuille pas opter pour la politique de la chaise vide, invariablement inopérante dans toute élection. Parviendra-t-il à déloger par les urnes Condé du palais Sékoutoureya, lui et ses camarades d’hier qui n’y sont pas arrivés par la rue ?

L’acte posé par le chef de file de l’opposition pose une fois de plus le débat sur la vulnérabilité de certains combats constitutionnalistes menés sur le sol africain et dont le point d’orgue de cette fragilité est le facteur confiance à placer dans les hommes politiques à peau d’opposant. Certes, la politique de abonnés absents n’est pas la plu fructueuse des tactiques, mais foncer au combat avec des armes qui tirent dans des directions différentes constitue une faiblesse qui risque de faire foirer les plans les plus audacieux et au départ gorgés de fortes chances de réussite. La posture du leader de l’UFDG, et le boycott des autres est encore la manifestation de cette maladie rédhibitoire de l’opposition qu’est le désordre de bataille !

En Guinée, ce n’est pas le pouvoir qui est fort, c’est l’opposition qui est faible et divisée, et donne souvent la vague impression de ne pas être à la hauteur pour remplacer, celui qu’elle veut voir partir.

En Côte d’Ivoire, la configuration est différente. Mis à part le singleton KKB qui reste seul dans l’orbite de la course à la présidentielle face à Alassane Ouattara, le reste de l’opposition a entonné d’une même voix une symphonie appelant à la désobéissance  civile et à faire barrage contre le président sortant  dans sa volonté de rester calife à la place du calife. Si la malédiction de ce 3e mandat pend également en Côte d’Ivoire, contrairement à la Guinée, où l’opposition est gagnée par des courants scissipares, au bord de la lagune Ebrié, c’est une opposition en rangs serrés qui fait face à Alassane Ouattara. Et Henri Konan Bédié aura réussi le tour de force de sonner le cor du boute-selle à travers justement cette désobéissance civile.

Mais justement, ce bout de phrase «désobéissance civile» peut prendre n’importe quelle connotation selon qu’on se trouve de part et d’autre de la ligne de fracture qui fait qu’il y a 2 Côte d’Ivoire ! D’ailleurs n’a-t-elle jamais cessé d’exister depuis les années 2000 ? Seule certitude, ça ne sent pas bon. Et Crisis Group préconise un report sine die du scrutin ( lire page 3). «Est-ce qu’il n’y aura pas d’élection» comme l’a d’ailleurs martelé Guillaume Soro à 6 000 km d’Abidjan ? Un Soro que Ouattara préfère en prison qu’en France. Or le même Soro et Gbagbo sont deux personnes clef de cette opposition.

Toutefois, s’il est bien vrai que le RHDP est aujourd’hui presque réduit au RDR, «ADO Solution» n’en reste pas moins solide sur ses jarrets.  Le monde venu à son investiture comme candidat montre qu’il y a mouette sur l’océan et donc que la bataille s’annonce rude.  Et la question qui taraude l’esprit, c’est qu’est-ce que chaque camp va vouloir bien attribuer comme contenu à la désobéissance civile. Pour le moment, les esprits semblent se cantonner aux joutes verbales. Les rues d’Abidjan sont calmes. Mais pour combien de temps ?

A 18 jours du vote en Guinée et à 1 mois du scrutin ivoirien, on aurait effectivement aimé crier à tue-tête : Aux urnes Guinéens et Ivoiriens ! Mais au vu des germes conflictogènes suspendus en l’air dans ces 2 pays, on est gagné par la peur, et on est en clin à être dans cet état, car il y a 10 ans l’ex-Ivoiry Coast a été tourmentée pendant une éternité, au sortir d’une présidentielle avec quasiment les mêmes acteurs. En Guinée, même une élection normale a toujours eu forcément son lot de violences et de victimes.

Les dés semblent jetés et on pourrait déjà commencer à saluer cet élément fondamental qu’est le vote pour la démocratie, sans pour autant oublier qu’il y a péril en la demeure dans les 2 cas et que la détermination côté pouvoir en Guinée et Côte d’Ivoire, et côté opposition au pays d’Houphouët et dans une moindre mesure chez celui du Silly, fait redouter le pire.

Dans un pays comme dans l’autre, les pronostics sur l’espérance de vie de la paix et la tranquillité est très faible. Il reste à espérer qu’ils seront déjoués…

 Ahmed BAMBARA

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