Il a flotté hier 19 janvier dans la cuvette de la Bundestag à la fois une atmosphère de méfiance, de défiance et de petits mensonges, suivis évidemment d’arrangements entre grands de ce monde au sujet de la Libye.
Que peut-on retenir de la plénière, des apartés et autres conciliabules berlinois consacrés à la pacification de ce pays ?
Une triplicité :
1) Accord sur une solution politique ;
2) Accord sur embargo onusien sur la vente des armes, et enfin
3) aggiornamento sur les ingérences étrangères.
La chancelière aura réussi un peu là où Vladimir Poutine a trébuché, en rassemblant les 11 concernés qui se bousculent autour du lit d’hôpital de la Libye, taraudée sans doute par le précédant syrien, en particulier les migrants, eux qu’elle a accueillis de bonne grâce, geste qui lui aura coûté bonbon politiquement.
De l’accord politique d’abord. Caressé dès le départ, la solution militaire par la création d’un comité militaire, envoyée en Libye a été vite abandonnée. Trop risqué d’abord de transformer le coin en bourbier, déjà que quasiment la même coalition garde la hantise d’avoir transformé la Libye d’après Kadhafi en pétaudière, si elle se piquait encore de la mettre sous tutelle ce serait assurément, une Syrie-bis ou un Irak 2 voire un Afghanistan.
Ensuite, l’embargo sur les armes : on aurait applaudi à tout rompre, si cet oukase entériné par les puissances étrangères n’était pas tard venu. C’est malin de prendre une telle décision après avoir vendu des armes et de la logistique au maréchal Khalifa Haftar alors que son ennemi juré ahane à trouver les mêmes marchands d’armes.
En outre, on sait ce que valent les embargos d’armes, et les sanctions encourues en cas de violation. Timides, voire de courte durée. En plus, on sait que de par la puissance des lobbies, les embargos de vente d’arme sont faits pour être violés.
Le corset du gentleman agreement sur l’arrêt des ingérences étrangères prêterait à sourire s’il n’y avait pas un pays qui va à vau-l’eau, et dont le délitement fait de nombreuses victimes collatérales, en particulier au Sahel.
La communauté internationale sur le papier soutient le premier ministre de Tripoli, Sarraj même si par exemple, la France, la Grèce roulent pour l’homme fort de la Cyrénaïque. Un Haftar, qui pour prouver à cette même communauté internationale qu’il est l’homme de la situation, après avoir pris Syrte, a bloqué de nombreux terminaux pétroliers incitant en même temps les tributs à donner de la voix pour être associés aux négociations.
Or l’arrivée impromptue et avec fracas de la Russie et surtout de la Turquie rebat les cartes libyennes.
– Comment va procéder l’ONU pour que les soldats turcs remballent leurs armes pour retourner au pays d’Atatürk ?
– Concrètement que faire pour un embargo réel sur les armes dans un pays pris en tenailles par une kyrielle d’acteurs, qui vont de Haftar-Sarraj aux terroristes ?
– A quel jeu joue la Russie, traditionnellement alliée de la Turquie ?
Hier 19 janvier, on a assisté incontestablement à un succès diplomatique Outre-Rhin. A preuve de la capacité des grands de ce monde à se retrouver lorsque leurs intérêts étaient menacés, ce qui est le cas, l’éponge pétrolier libyen et la reconstruction du pays fait qu’on entend des effluves de leurs fringales.
Reste à observer l’opérationnalisation sur le terrain pour se faire une religion de toutes ces décisions. Car, on sait que la diplomatie est par définition une chorégraphie des apparences. Mais la réalité finit souvent par apparaître. La communauté internationale semble avoir joué son joker à Berlin. Pour quel résultat ? Attendons de voir.
Sam Chris


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