Intenses ballets diplomatiques à Niamey après le putsch du CNSP. A peine 2 jours après le départ du médiateur Idriss Mahamat Deby du Tchad, envoyé par la CEDEAO, voici le sultan de Sokoto, Muhammadu Sa’ad Abubakar qui atterrit aujourd’hui 2 août à Niamey, missionné lui aussi par la CEDEAO pour trouver une solution au problème du Niger.
Beaucoup de choses lient ce pays au grand voisin, à commencer par exemple par l’énergie, la Nigelec est interconnectée au réseau nigérian, les trafics commerciaux sont denses, mais aussi la religion constitue un cordon très solide entre les 2 pays.
Et si l’arrivée de ce puissant chef religieux du Nord frontalier au Niger, est un évènement, c’est qu’il est un interlocuteur qui peut œuvrer à un modus vivendi entre les frères nigériens. La religion au secours de la politique ? La preuve par le sultan de Sokoto ? On le verra Sa’ad Abubakar sera précédé d’ailleurs d’un ancien président du Nigeria Abdulsalani Abubakar pour la même raison : concilier les positions des putschistes avec celles de la CEDEAO.
Il faut dire qu’après les dures sanctions prises à l’issue du sommet extraordinaire et surtout l’injonction de rendre le pouvoir sous peine d’intervention militaire, toutes ces choses mettent la CEDEAO dans une position très délicate, car elle a mis la barre tellement haut qu’un recul, un échec ou le maintien du général Tchiani au pouvoir seraient synonyme d’une déculottée et de perte de la considération qui lui restait après la bravade malienne et même guinéenne.
En vérité, peut-être que passée la colère, le chef de l’Etat nigérian et président en exercice de la CEDEAO Bola Tinubu s’est rendu compte, qu’il est allé trop loin, ou que les sanctions, surtout la menace militaire seront inopérantes ou difficilement applicables, qu’il ouvre des brèches, tend la main via des missi dominici pour trouver une solution négociée. Laquelle ? Car soit les putschistes partent ou ils restent.
Mais comment les faire partir par la force ? En tout cas, le chef d’Etat-major nigérian Christopher Musa a laissé entendre hier 1er août : « nous sommes prêts et dès que nous recevrons l’ordre d’intervenir, nous le ferons. Nous sommes absolument sûrs de réussir». Bazoum peut-il revenir et être un président normal au Niger ? Avant l’expiration de l’ultimatum, Bola Tinubu joue ses va-tout, car il a mis au-delà de la CEDEAO, sa propre crédibilité dans la balance. La CEDEAO semble mettre concomitamment deux fers au feu: la médiation et la force.
Tandis que les médiateurs de la CEDEAO arrivent, de nombreux ressortissants français eux, font le mouvement inverse et quittent le pays. Il faut dire qu’à observer la manifestation du lendemain du putsch, qui avait pour cible l’ambassade de France, les discours et invectives violents envers ce pays et ses ressortissants, laissaient entrevoir ce scénario. Surtout que la France a affirmé qu’elle répliquera en cas d’attaques contre ses ressortissants. Surtout aussi que le régime de Bazoum avait l’étiquette de «marionnette de la France » collée à la peau, et surtout que de nombreux narratifs plus ou moins erronés indexent la France comme la source des problèmes du Niger, et enfin surtout qu’on croit dur comme fer au niveau du CNSP, et souvent chez certains citoyens que la France veut intervenir pour libérer Bazoum mieux vaut alors rapatrier les Français pour parer à toute éventualité. «Qu’ils ne soient pas les cibles», entend-t-on du côté de Paris.
Il n’est d’ailleurs pas exclu qu’avec le CNSP de nombreuses activités de la France ne soient stoppées ou réduites. A commencer par le volet militaire avec la présence d’une partie des soldats de Barkhane dans ce pays.
Et alors qu’il y a toute cette agitation au chevet du Niger, et face à la menace de la CEDEAO, le Burkina et le Mali s’en mêlent. Pour ces 2 pays, toute intervention de la CEDEAO au Niger serait un casus belli ! L’Algérie aussi désapprouve une intervention de la CEDEAO.
Ces pays regimbent contre la CEDEAO, et c’est encore une défiance dont l’organisation devrait en tenir compte, même si on sait que le Nigeria, en matière d’armement et de soldats est un poids lourd. Autant dire qu’ un compte à rebours court à présent autant pour le Niger, que pour la CEDEAO et pour le président Bola himself. Quelle solution pour arrondir les angles ou qui perdra la face ?
La REDACTION


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