Sommet de l’UEMOA sur le Covid-19 : Même virus, mais pas même récession dans la Zone!

Sommet de l’UEMOA sur le Covid-19 : Même virus, mais pas même récession dans la Zone!

Pour la seconde fois en ce mois d’avril 2020, coronavirus oblige, les chefs d’Etat de l’UEMOA ont laissé les moteurs de leurs avions se reposer et ont palabré via leurs écrans, grâce à la magie de la visioconférence.

 Sans trop de surprise, c’est la maladie du moment (du siècle ?) qui a occupé les esprits et l’essentiel du menu de cet arbre à palabre. Le raout de la CEDEAO du 23 avril dernier a insisté sur une gestion concertée de la pandémie, et surtout de l’après-Covid-19 avec la question de la dette. Le haut panel composé des 4 experts de l’UA, chargés d’adoucir le poids du boulet qu’est  cette dette qui atteint des sommets himalayens est à pied d’œuvre pour négocier avec le Club de Paris et la Chine. Le moratoire de 20 milliards s’avérant une mesurette au regard des perspectives difficiles post-Covid-19.

Ramenée au niveau de l’UEMOA, les 8 pays de cette zone doivent également essayer de parler d’une même voix relativement à cette récession inévitable qui fouettera tous les pays.

En effet, les fondamentaux sanitaires montrent une courbe pandémique supérieure à celle de la CEDEAO, avec 3 500 cas et 117 décès. Cette réunion au sommet de l’UEMOA se voulait donc surtout être une session de rattrapage sur les mesures prises, et sur comment gérer cette récession imparable qui se profile à l’horizon.

Ceci est bien. Se réunir pour parler et trouver une solution est très bien. Même si ces rencontres virtuelles auraient dû avoir lieu dès le déclenchement de la crise. A l’image du monde entier, l’Afrique et précisément sa partie subsaharienne est allée en rangs dispersés contre la maladie. Comme dirait l’Ivoirien de Youpougon, «chacun était dans son chacun». Chaque pays, sans aucune concertation avec son voisin ou ses co-locataires de ces nombreuses institutions (Union africaine, CEDEAO, UEMOA),  est allé de sa solution et de ses moyens, sabre au clair contre le mal. Aucune concertation, aucun plan d’ensemble ni stratégie collective pour l’endiguement du coronavirus d’un point de vue panafricain. Effectivement si au Burkina, un Roch Kaboré a fermé les marchés, dont les 2 grands ont été rouverts, son homologue béninois a laissé le grand marché de Cotonou ouvert, «estimant que le pays pauvre ne peut pas se permettre cette fermeture». En outre, le Bénin a opté d’user de la chloroquine et de l’Apivirine ce qui n’est pas le cas partout. Les quarantaines et confinements sont également décrétés de façon disparate, idem pour les fermetures en désordre des frontières… Bref, selon qu’on se trouve à Abidjan, Cotonou, Lomé, Ouaga, non seulement l’existant économique diffère, mais, les mesures pour gérer le Covid-19 le sont aussi pour ne pas dire qu’elles se contredisent.

A l’arrivée, les mesures financières et économiques prises par chacun des pays sans en référer aux autres doivent donc connaître des ajustements pour que la marche d’ensemble des communautés quitte la surface de réparation du désordre pour revenir au rond central de l’union.

Et il faut trouver des solutions d’ensemble, qui arrangent l’ensemble. Le coronavirus est à l’image d’une guerre. Après le ravage causé par les balles assassines (ici, il s’agit des crêtes de la couronne du Covid-19), les bombes dévastatrices et les feux dévoreurs, il faut maintenant nettoyer, balayer les gravats et reconstruire les immeubles et les êtres détruits.

Le coronavirus a mis en lambeaux l’élan économique de la zone UEMOA qui n’était au mieux de sa forme, malgré les relatives embellies. Des idées réfléchies, bien ficelées et logées dans un attelage bien mûries (vivement que les fameux Bons Covid-19 fassent de grands bonds aux budgets des Etats) sont désormais importantes pour que ces chiffres (moins de 3% de croissance) aux ombres inquiétantes ne plongent pas les peuples africains dans une psychose bien plus grande que celle causée par cette maladie sortie des entrailles de l’enfer. Pour ce qui est de cette récession qui arrive, et dont les fragrances se déclinent déjà dans la morosité des économies locales, la baisse ou la disparition du pouvoir d’achat, le chômage, et les dépôts de bilans, les pays n’en pâtiront pas de la même manière selon la soutenabilité de chacun.

Ainsi en est-il de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, dont le FMI, estime qu’ils s’en tireront mieux et pourront même rapidement caracoler avec un taux de croissance de 6 à 7%.

Tandis que des pays tels le Burkina, le Mali et le Niger, confrontés à une triple crise, sécuritaire, sanitaire et humanitaire y laisseront beaucoup de plumes.

Et ce conclave de l’UEMOA aura fait mouche s’il parvenait à en limiter au minimum les casses. Sans doute, un deuxième sommet sera inévitable en mai ou juin pour affiner les stratégies.

Ahmed BAMBARA

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