Devant un Tribunat de la plèbe, Cicéron avait déclaré que «la plus grande justice est la plus grande injustice». C’est pourquoi d’ailleurs, elle préfère laisser courir 50 coupables que de condamner un seul innocent !
Cependant, avouons-le, ils n’étaient pas nombreux les Burkinabè qui croyaient que la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) ferait un pied de nez aux décisions de la Cour d’Appel de Paris (le 5 décembre 2018), de la Cour de Cassation (le 4 juin 2019) et …. du Conseil d’Etat français lequel a dit son avis le 30 juillet : François est extradable ! En extrapolant même il n’est pas obséquieux d’affirmer que cette CEDH a contredit Emmanuel Macron qui devant des étudiants burkinabè survoltés le 28 novembre 2017 avait lâché que le politique accompagnera ce dossier (toujours brûlant après 2 décennies) dans la manifestation de la vérité et de la justice.
Voici qu’après plusieurs étapes dont l’ultime semblait être le Conseil d’Etat, la CEDH retoque tout et met momentanément un coup d’arrêt à cette extradition, une halte qui peut durer des mois voire jusqu’à 4 années.
Pataquès pour la justice française mais déconvenue pour sa consœure burkinabè, laquelle après plusieurs revers nationaux espérait enfin l’aboutissement de son mandat d’arrêt international.
En effet, aussi lointain que puisse remonter ce fatidique 13 décembre 1998,les Burkinabè se rappellent de toutes les étapes qui auraient pu aboutir à régler cette douloureuse affaire mais qui se sont heurtées à des écueils : du travail circonstancié de la Commission d’enquête indépendante(CEI) en 1999 au non-lieu en juillet 2008 en passant par l’inculpation du seul suspect sérieux l’adjudant Marcel Kafando en 2006, lequel est décédé le 23 décembre 2009.
Cette décision de la CEDH est donc une énième difficulté pour la justice burkinabè qui se bat depuis des années avec des hauts et des bas dans l’affaire Norbert Zongo.
Mais au fond, cette décision suspensive de la CEDH ne change pas grand-chose pour François Compaoré, il gagne du temps certes, ce qui n’est pas rien mais, on sait que la justice est lente procédurière, connait des ralentissements et des accélérations inattendues mais parvient inéluctablement à ses fins. Le temps en justice n’est ni celui de la victime encore moins celui du bourreau !
En parvenant à convaincre la CEDH de circonscrire à cette extradition en invoquant des risques de torture voire de mort (ils ont abandonné ceux des indices) pour son client, les conseils de François Compaoré ont réussi un grand coup et c’est à l’honneur de l’ex-bâtonnier du Barreau de Paris, Me Pierre-Olivier Sur et Cie, mais c’est une victoire qu’ils savent fugace non seulement pour les arguments brandits et aussi pour la très grande sensibilité du dossier qui flirte l’affaire d’ États entre la France et le Burkina.
Car nombre de Burkinabè sont unanimes que la justice actuelle au Burkina est indépendante et il n y a pas de tortures érigées en système judiciaire. François Compaoré en débarquant au Faso va peut-être subir quelques quolibets de certains esprits via les réseaux sociaux, il n’est pas n’importe qui, il est le petit frère du président déchu Blaise et certains adversaires de son ainé et même de lui-même lui souhaiteront un avenir de cendre. En outre, le dossier pour lequel on veut le juger est éminemment politique pour des raisons évidentes : «HS» le nom de plume de Norbert Zongo fouinait dans la mort du chauffeur de François Compaoré et selon des PV de la CEI, il est question tantôt de vol de numéraires au domicile de «Moukila» (autre surnom de François) tantôt de «coup d’Etat». L’affaire Norbert Zongo pour certains sent l’assassinat d’Etat et est devenue un dossier politico-judiciaire qu’on le veuille ou non.
En définitive, on ne peut pas fuir éternellement la justice de son pays (la preuve après 23 ans, le fantôme de Norbert Zongo est toujours à ses trousses). C’est au Burkina que François doit venir laver son honneur et se disculper de ce qu’il considère comme une infamie.
La Rédaction


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